Le hangar « Poulmic »

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Le hangar « Poulmic » de la base aérienne 279 de Châteaudun

Guilhem Labeeuw, membre 2A

Dénommé « Poulmic » comme le premier hangar du même type construit à Lanvéoc-Poulmic, le hangar en béton armé HB1 de l’Entrepôt de l’Armée de l’Air (EAA 601) sur la base de Châteaudun abrite plus d’une centaine d’avions militaires conservés dans des conditions climatiques drastiques afin de les maintenir toujours en état de vol.

Au-delà de la destination exceptionnelle de ce hangar, la structure particulière de sa couverture en béton, en forme de « parapluie » supportée par de grands piliers creux, est un témoin rare de structures de type paraboloïde hyperbolique (p.h) inventées au milieu des années trente par deux ingénieurs français Aimond et Laffaille, connus par ailleurs pour leurs nombreuses réalisations de hangars pour avions.

Historique

L’histoire aéronautique du site commence en 1934 avec l’aménagement d’un petit terrain d’aviation dans la plaine de Nivouville, au sud est de Châteaudun. Trois ans plus tard, dans le cadre du plan de décentralisation des entrepôts de l’Armée de l’Air jusqu’alors basés autour de Paris, le site de Châteaudun est retenu pour la création du « Grand Entrepôt d’Aviation » sur un terrain de 290 hectares. Deux grands hangars de type « Poulmic » y sont construits par les entreprises Campenon Bernard à partir de 1937, un peu à l’écart du reste des installations, avec une destination principale de stockage d’avions neufs et de pièces détachées. En 1940, en raison du nombre important d’avions français qui y sont stationnés, la base est bombardée par les allemands qui par la suite la moderniseront.

En avril 1944, l’aviation alliée bombarde à son tour lourdement un des deux hangars « Poulmic », dont il ne reste aujourd’hui que le dallage. Le deuxième, moins touché d’après les photos aériennes d’époque, sera remis en état à partir de 1946.
En 1951, le hangar « Poulmic » restant est affecté à l’Entrepôt de l’Armée de l’Air 601 (EAA 601) et sa destination, conserver les avions en état de vol, sera maintenue jusqu’à aujourd’hui. Durant les années qui suivirent, le maintien en condition des avions sera amélioré par la mise en place d’un contrôle de l’hygrométrie dans le hangar afin de lutter contre la corrosion.

Photo aérienne en 1948.
Source : Géoportail

A l’origine, F. Aimond, Ingénieur des Ponts et Chaussées au ministère de l’Air

Fernand Aimond (1902, Paris – 1984, Paris), polytechnicien entré aux Ponts et Chaussées en 1923, fera partie des ingénieurs détachés au Service des Bases du ministère de l’Air en 1929, où il aura en charge le développement de hangars pour avions jusqu’à la fin des années trente. Cette position particulière, du côté du « commanditaire », va lui permettre de concrétiser son travail de recherches sur les voiles minces en forme de paraboloïdes hyperboliques (p.h) qu’il sera un des tous premiers à étudier en 1933 avec l’ingénieur Bernard Laffaille, son « concurrent » dans le civil. C’est ainsi qu’il concevra le hangar de l’aéroport de Limoges-Feytiat (détruit), dont la forme structurelle ressemble à un vaste parapluie, inspirant directement les réalisations postérieures des hangars « Poulmic ».

Photo aérienne en 1948.
Source : Géoportail

 


Exemple de couverture en p.h. de type parapluie
(Aimond, 1932, archives ENPC côte 29 649

Vue perspective du hangar parapluie à Limoges-Feytiat.
Source : Revue Travaux 1936

 

De gauche à droite : Vue depuis les lanterneaux côtés appentis. Vue du coulage d’un voile mince de couverture. Vue du levage d’une porte métallique Source : Service Local d’Infrastructure D.R

Caractéristiques dimensionnelles et structurelles (1)

Les dimensions d’ensemble du hangar « Poulmic » sont importantes : 185 m de longueur avec les appentis, 85 m de largeur et un peu plus de 10 m de hauteur utile au droit des portes.
Sa structure est constituée à l’origine de l’assemblage de huit « parapluies » carrés de 36 m de large, regroupés quatre par quatre par de grands lanterneaux vitrés de portée différente (5,5 à 11 m) suivant leur orientation. Les vitrages des lanterneaux ont été depuis remplacés par des couvertures en bacs métalliques ou translucides. Chaque parapluie est relié à trois autres parapluies par des poutres en béton armé, de sorte à créer un portique stable, avec seulement quatre poteaux d’appui pour une surface libre de plus de 7000 m². Dans le cas de Châteaudun, les deux hangars « Poulmic » ont été positionnés perpendiculairement aux voiries aéronautiques, de sorte à libérer trois côtés pour la sortie des avions tandis que des appentis sur deux niveaux sont venus fermer la dernière façade.

A gauche, vue en plan de la couverture d’un parapluie de 36 m de côté. A droite , coupe longitudinale du hangar, au droit des piliers centraux
Source : Revue L’architecture d’Aujourd’hui, 1936

Un « parapluie » est constitué de l’assemblage de quatre « quarts de parapluie ». Chacun d’entre eux comporte dans sa diagonale une poutre en béton armé à âme pleine, encastrée au sommet du poteau central et supportant un voile minces en béton (environ 5 cm d’épaisseur). Ce voile mince est constitué de quatre éléments triangulaires symétriques deux à deux par rapport au plan vertical de la poutre médiane.
Les poteaux au centre des parapluies sont creux et ont la forme d’un hyperboloïde de révolution. Ils mesurent deux mètres de diamètre dans leur partie la plus étroite.
A l’origine, des portes métalliques roulantes au sol venaient clore les trois faces du hangar. Elles ont été depuis majoritairement remplacées par des portes de type métallo-textile et des panneaux de bardage fixes.

Equipements intérieurs :

Afin d’assurer la conservation dans les meilleures conditions d’une centaine d’avions prêts à être remis en service, le hangar a été doté d’équipements intérieurs novateurs pour l’époque :

  • Tentes à air sec : Pour rester dans les plages de 40-45 % d’hygrométrie relative préconisées, des enveloppes à base de tentes spéciales (fabrication de la société Bachmann à l’époque), dites à air sec, ont été mises en place d’abord autour des avions, puis au niveau de chaque « parapluie ».
  • Déshydrateur d’air : Six appareils utilisant un process par adsorption à roues de séchage.
  • Sécurité incendie : le hangar est équipé d’une détection automatique d’incendie (multi ponctuelle) reliée à un système unique d’extinction incendie à base de poudre projetée à très haute pression.

Vue des premières tentes à air sec disposées autour de chaque avion. Les lanterneaux étaient encore vitrés à l ‘époque.
source : site internet de la société Loesberger (anciennement Bachmann)

 

L’installation actuelle avec les grandes tentes à air sec, déployées sur tout le volume sous chaque parapluie
source : extrait du JDD51 – Base aérienne de Châteaudun. LCP- ECPAD. D.R

Reportage photographique

Sources

(1) La plupart des données techniques sont issues de la revue L’architecture d’Aujourd’hui – 1936

– Aviation News (revue) issue : June 2012 et site internet www.targeta.co.uk/chateaudun_2012.htm
– NOGUE N. Bernard Laffaille, de l’entreprise au bureau d’études : mode d’exercice et pensée technique. Thèse de doctorat. Juin 2001
– DUMONT M.-J. L’architecture de l’aéronautique en France 1900-1940 (Rapport non publié)
– ENPC Fichier Richard, notes de calcul de Fernand Aimond (côte ENPC 29649)
– Photos issues des archives du Service Local d’Infrastructure (2011) – Droits Réservés

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