Hangar métallique de 70 m d’ouverture, type Jeumont-Daydé
par Thierry Géhan & Guilhem Labeeuw – en cours de mise à jour
Appellations :
Hangar Jeumont-Daydé ou Daydé-Jeumont (cette dernière appellation est apparue vers 1950). Hangar métallique de grande portée ou à grande ouverture.

Emploi :

Hangar « lourd » pour groupe de bombardement ou de reconnaissance.
Répondant à l’augmentation toujours plus rapide des envergures des avions dans les années 1930, ce type de hangar métallique constitue une innovation des plus hardie par sa légèreté exceptionnelle, par le type et la forme de couverture utilisés, enfin par la qualité d’acier mis en oeuvre. Il répond également à une situation internationale qui impose une rapidité d’exécution dans le développement massif de surfaces de hangars pour avions.
Forme et structure (version de base)
- Hangar voûte, arcs et poteaux en treillis métallique,
- Couverture par travées en acier autoportantes, en tôle d’acier de 14/10 de mm épousant la forme de segments d’hyperboloïde de révolution grâce, à des pannelettes en treillis raidisseuses placées sous la toiture,
- Parois verticales en bardage ou maçonnerie,
- Ouverture en pignon
Plus de détails dans l’article de F. Aimond sur ce type de hangar métallique de grande ouverture.
La conception de ces hangars est à mettre au profit des ingénieurs Yves Guyon (X) et M. Mesnager, pour le compte des Forges et Ateliers de Constructions électriques de Jeumont. La conception des coques de couverture est quant à elle due aux travaux de Bernard Laffaille [2] selon N. Nogue, et le rôle de F. Aimond, en tant que commanditaire, reste à ce jour encore à préciser. On notera par ailleurs que N.Nogue signale que B. Laffaille estimait que les coques de couvertures utilisées par Jeumont représentaient une utilisation abusive de son invention et avait intenté une action en justice, qui se révéla au final vaine.
Quoiqu’il en soit, ces coques métalliques de couverture constitue à l’époque une intéressante application à l’acier de la technique des voiles minces, technique dans laquelle les deux ingénieurs B. Laffaille et F. Aimond se sont distingués à plusieurs reprises depuis 1933.

Dimensions

- Surface couverte 4600 m² en version 66 m
- Portée 70 m, travées de 11 m (6 ou 5 travées)
- Passage libre 69 m x 10 m
Particularités
- Contrevents en treillis métallique sur un côté à chaque travée
- La structure peut être pré-assemblée en caissons transportables par voie ferrée
- Les portes sont de type Huguet-Tournemine, constituées de 15 panneaux se rangeant latéralement dans un garage
Références historiques
- Redéploiement des bases aériennes décidé en 1935
- Concours lancé par le ministère de l’Air début 1935 pour la construction de hangars métalliques de grande portée, à l’origine pour Toulouse, Bordeaux Brest et en Provence. A l’issue du concours, c’est l’offre des ateliers Jeumont à Feignies qui arrive en n°1, tandis que l’offre de Daydé est classée n°2. Seule l’offre de Jeumont exploite les couvertures en coques métalliques, inventées par Aimond, mais Daydé est néanmoins retenu pour réaliser les hangars de Bordeaux et Lanvéoc, suivant la conception de Jeumont.
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Projet de hangar de 70 m de portée à Reims, finalement non retenu. Le plan est signé de F. Aimond. Coll. 2A Le choix de ce type de hangar, du programme jusqu’au choix de la solution retenue est donc marqué par une évolution de la doctrine portée par le ministère de l’Air, en la personne de l’ingénieur des Ponts et Chaussées F. Aimond, alors chef du Service des Etudes. Conçu de façon détaillée par les ingénieurs Guyon et Mesnager des ateliers Jeumont, le hangar Jeumont correspondait à un compromis entre les structures traditionnelles et les nouvelles recherches sur les coques appliquées à la tôle d’acier [1]. Il prendra par la suite le nom usuel de Jeumont-Daydé, étant donné l’implication de cette dernière entreprise dans la réalisation de la moitié des hangars.
- Marché initial n° 35/1935 signé le 24 mai 1935 pour 27 hangars à Bordeaux (10), Toulouse (10), Salon (3), Lanvéoc (4) ; répartition modifiée ; 4 hangars à Reims. Le site de Reims, dont on peut consulter ci-contre le cartouche signé par Aimond n’est finalement pas retenu.
- Au final, en plus de Jeumont et Daydé, ce sont 5 autres entreprises qui seront associées à la réalisation de ces hangars. La revue “L’Usine” mentionne des types H et G, au premier abord totalement identiques, réalisés respectivement par les entreprises Five-Lille et Baudet-Donon (Eiffel). On ignore encore à ce stade, si ce sont des sous-traitants intervenant uniquement dans la fabrication des charpentes.
- Certains hangars démontés par l’occupant ont été remontés en Allemagne (sources orales). La base aérienne de Melun bénéficiera du retour d’un de ces hangars, qui sera remonté dans une version modifiée par le STBA au début des années 1950.
Variantes et dérivés
Une structure récupérée en Allemagne après-guerre a été remontée à Melun – Villaroche, avec des modifications, sous l’appellation Daydé-Jeumont (on note l’inversion des noms des entreprises, sans explication à ce jour). Parmi ces modifications, le système de couverture abandonne les coques métalliques pour une couverture classique et sa partie centrale est surélevée. Le même type est présent sur la BAN de Lorient.

Recensement
| aérodrome | nombre | date constr. | Etat | Commentaires |
|---|---|---|---|---|
| Bordeaux - Mérignac | 10 + 1 double en version atelier | 1936 | 4 restants en 2026 | un des hangars (HM2) abrite le CAEA. |
| Lanvéoc - Poulmic (BAN) | 4 (en vis-à-vis deux par deux) | 1936 | détruits durant WW2 | profondeur : 55 m. Les éléments non détruits ont été récupérés et envoyés à Bordeaux |
| Lorient - Lann-Bihoué (BAN) | 1 | 1951-1952 | existant en 2026 | version rehaussée, reconstruction par STBA |
| Melun - Villaroche | 1 | 1952 (remontage) | existant en 2026 | version rehaussée, en provenance d'Allemagne |
| Querqueville | 1 | ~ 1936 | détruit milieu des années 80 | Ce hangar est rattaché au type Delattre et Frouard |
| Reims | 4 initialement | s.o | s.o | Site finalement non retenu |
| Salon-de-Provence | 2 | ~ 1936 | existant en 2026 | profondeur : 66 m |
| Toulouse - Francazal | 9+ 1 double en version atelier | 1936-1937 | 5 + 1 double atelier existant en 2026 | bombardés lors de la WW2, 5 sur 10 ne seront pas reconstruits. profondeur : 66 m sauf ateliers (33 m) |
En savoir plus
- Conférences faites par F. Aimond à l’ENPC, extraits relatifs aux hangars Jeumont-Daydé
- Les hangars JD de Mérignac
- Les hangars JD de Francazal
- Les hangars JD de Lanvéoc
- Le hangar DJ de Melun – Villaroche
- Le hangar DJ de Lorient
- Le hangar JD de Salon-de-Provence
- Les Forges et Ateliers de Constructions Electriques de Jeumont
- Les Etablissements Daydé
Sources
- [1] Dumont Marie-Jeanne, L’architecture de l’aéronautique en France 1900-1940, ministère de la culture (non publié), 1988.
- [2] NOGUE Nicolas, Architecture aéronautique en France, Docomomo France, 2006 (non publié).
- Architecture d’Aujourd’hui, 1936, n°11, p.15
- Annales ITBTP, 1936, n°3 (non consulté)
- L’Usine, 7 mai 1936
- L’Usine, juillet 1936
- Ossature Métallique, n°6, juin 1936
- Travaux, décembre 1936
- Ossature Métallique, n°5, mai 1937
- Acier, 1946
- Œuvres et Maîtres d’œuvres, décembre 1946