Type Jeumont-Daydé

Hangar métallique de 70 m d’ouverture, type Jeumont-Daydé

par Thierry Géhan & Guilhem Labeeuw – en cours de mise à jour

Appellations :

Hangar Jeumont-Daydé ou Daydé-Jeumont (cette dernière appellation est apparue vers 1950). Hangar métallique de grande portée ou à grande ouverture.

Hangar Jeumont-Daydé à Bordeaux – Mérignac. Source : Travaux, décembre 1936
Emploi :
Projet de hangar de 70 m de portée par le ministère de l’Air en septembre 1935. Coll. STAC

Hangar « lourd » pour groupe de bombardement ou de reconnaissance.

Répondant à l’augmentation toujours plus rapide des envergures des avions dans les années 1930, ce type de hangar métallique constitue une innovation des plus hardie par sa légèreté exceptionnelle, par le type et la forme de couverture utilisés, enfin par la qualité d’acier mis en oeuvre. Il répond également à une situation internationale qui impose une rapidité d’exécution dans le développement massif de surfaces de hangars pour avions.

Forme et structure (version de base)
  • Hangar voûte, arcs et poteaux en treillis métallique,
  • Couverture par travées en acier autoportantes, en tôle d’acier de 14/10 de mm épousant la forme de segments d’hyperboloïde de révolution grâce, à des pannelettes en treillis raidisseuses placées sous la toiture,
  • Parois verticales en bardage ou maçonnerie,
  • Ouverture en pignon

Plus de détails dans l’article de F. Aimond sur ce type de hangar métallique de grande ouverture.

La conception de ces hangars est à mettre au profit des ingénieurs Yves Guyon (X) et M. Mesnager, pour le compte des Forges et Ateliers de Constructions électriques de Jeumont. La conception des coques de couverture est quant à elle due aux travaux de Bernard Laffaille [2] selon N. Nogue, et le rôle de F. Aimond, en tant que commanditaire, reste à ce jour encore à préciser. On notera par ailleurs que N.Nogue signale que B. Laffaille estimait que les coques de couvertures utilisées par Jeumont représentaient une utilisation abusive de son invention et avait intenté une action en justice, qui se révéla au final vaine.

Quoiqu’il en soit, ces coques métalliques de couverture constitue à l’époque une intéressante application à l’acier de la technique des voiles minces, technique dans laquelle les deux ingénieurs B. Laffaille et F. Aimond se sont distingués à plusieurs reprises depuis 1933.

Extrait de l’album de hangar métalliques pour avions, édité par le SGACC et produit par le STBA en 1947.
Dimensions
Coll. Annales de l’ITBTP 1936
  • Surface couverte 4600 m² en version 66 m
  • Portée 70 m, travées de 11 m (6 ou 5 travées)
  • Passage libre 69 m x 10 m
Particularités
  • Contrevents en treillis métallique sur un côté à chaque travée
  • La structure peut être pré-assemblée en caissons transportables par voie ferrée
  • Les portes sont de type Huguet-Tournemine, constituées de 15 panneaux se rangeant latéralement dans un garage
Références historiques
  • Redéploiement des bases aériennes décidé en 1935
  • Concours lancé par le ministère de l’Air début 1935 pour la construction de hangars métalliques de grande portée, à l’origine pour Toulouse, Bordeaux Brest et en Provence. A l’issue du concours, c’est l’offre des ateliers Jeumont à Feignies qui arrive en n°1, tandis que l’offre de Daydé est classée n°2. Seule l’offre de Jeumont exploite les couvertures en coques métalliques, inventées par Aimond, mais Daydé est néanmoins retenu pour réaliser les hangars de Bordeaux et Lanvéoc, suivant la conception de Jeumont.
  • Projet de hangar de 70 m de portée à Reims, finalement non retenu. Le plan est signé de F. Aimond. Coll. 2A

    Le choix de ce type de hangar, du programme jusqu’au choix de la solution retenue est donc marqué par une évolution de la doctrine portée par le ministère de l’Air, en la personne de l’ingénieur des Ponts et Chaussées F. Aimond, alors chef du Service des Etudes. Conçu de façon détaillée par les ingénieurs Guyon et Mesnager des ateliers Jeumont, le hangar Jeumont correspondait à un compromis entre les structures traditionnelles et les nouvelles recherches sur les coques appliquées à la tôle d’acier [1]. Il prendra par la suite le nom usuel de Jeumont-Daydé, étant donné l’implication de cette dernière entreprise dans la réalisation de la moitié des hangars.

  • Marché initial n° 35/1935 signé le 24 mai 1935 pour 27 hangars à Bordeaux (10), Toulouse (10), Salon (3), Lanvéoc (4) ; répartition modifiée ; 4 hangars à Reims. Le site de Reims, dont on peut consulter ci-contre le cartouche signé par Aimond n’est finalement pas retenu.
  • Au final, en plus de Jeumont et Daydé, ce sont 5 autres entreprises qui seront associées à la réalisation de ces hangars. La revue “L’Usine” mentionne des types H et G, au premier abord totalement identiques, réalisés respectivement par les entreprises Five-Lille et Baudet-Donon (Eiffel). On ignore encore à ce stade, si ce sont des sous-traitants intervenant uniquement dans la fabrication des charpentes.
  • Certains hangars démontés par l’occupant ont été remontés en Allemagne (sources orales). La base aérienne de Melun bénéficiera du retour d’un de ces hangars, qui sera remonté dans une version modifiée par le STBA au début des années 1950.
Variantes et dérivés

Une structure récupérée en Allemagne après-guerre a été remontée à Melun – Villaroche, avec des modifications, sous l’appellation Daydé-Jeumont (on note l’inversion des noms des entreprises, sans explication à ce jour). Parmi ces modifications, le système de couverture abandonne les coques métalliques pour une couverture classique et sa partie centrale est surélevée. Le même type est présent sur la BAN de Lorient.

Le hangar Jeumont-Daydé remonté à Melun début des années 1950. On distingue bien la réhausse. Photo: G. Labeeuw
Recensement
aérodromenombredate constr.EtatCommentaires
Bordeaux - Mérignac10 + 1 double en version atelier19364 restants en 2026un des hangars (HM2) abrite le CAEA.
Lanvéoc - Poulmic (BAN)4 (en vis-à-vis deux par deux)1936détruits durant WW2profondeur : 55 m. Les éléments non détruits ont été récupérés et envoyés à Bordeaux
Lorient - Lann-Bihoué (BAN)11951-1952existant en 2026version rehaussée, reconstruction par STBA
Melun - Villaroche11952 (remontage)existant en 2026version rehaussée, en provenance d'Allemagne
Querqueville1~ 1936détruit milieu des années 80Ce hangar est rattaché au type Delattre et Frouard
Reims4 initialements.os.oSite finalement non retenu
Salon-de-Provence2~ 1936existant en 2026profondeur : 66 m
Toulouse - Francazal9+ 1 double en version atelier1936-19375 + 1 double atelier existant en 2026bombardés lors de la WW2, 5 sur 10 ne seront pas reconstruits. profondeur : 66 m sauf ateliers (33 m)
En savoir plus
Sources
  • [1] Dumont Marie-Jeanne, L’architecture de l’aéronautique en France 1900-1940, ministère de la culture (non publié), 1988.
  • [2] NOGUE Nicolas, Architecture aéronautique en France, Docomomo France, 2006 (non publié).
  • Architecture d’Aujourd’hui, 1936, n°11, p.15
  • Annales ITBTP, 1936, n°3 (non consulté)
  • L’Usine, 7 mai 1936
  • L’Usine, juillet 1936
  • Ossature Métallique, n°6, juin 1936
  • Travaux, décembre 1936
  • Ossature Métallique, n°5, mai 1937
  • Acier, 1946
  • Œuvres et Maîtres d’œuvres, décembre 1946