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3.1 - Concepteur 3.2 - Constructeur

Ferdinand Arnodin

Ferdinand Arnodin [1]

Ferdinand Arnodin

Synthèse biographique rédigée par G. Labeeuw, d’après sources

ARNODIN Ferdinand Joseph
né le 9 octobre 1845 à Sainte-Foy-Lès-Lyon (Rhône)
Décédé le 14 avril 1924 à Châteauneuf-sur-Loire (Loiret).

Officier de la Légion d’Honneur le 12 février 1912.

Ingénieur – constructeur et industriel

Ferdinand Arnodin fut l’une des grandes figures de la construction métallique de la seconde moitié du XIXᵉ siècle. Spécialiste des ponts suspendus et des ponts “transbordeurs”, il développa à partir du milieu des années 1870 une véritable industrie autour des câbles, des structures métalliques légères et des ouvrages de grande portée.
Si son nom reste aujourd’hui principalement associé aux ponts, – comme c’est aussi le cas pour les constructeurs Leinekugel Le Cocq et Dubois -, son importance pour l’histoire des infrastructures aéronautiques est plus indirecte mais tout aussi intéressante. L’entreprise éponyme qu’il fonda à Châteauneuf-sur-Loire devint en effet un centre de développement et de transmission de ce savoir-faire particulier dans le domaine des grandes structures suspendues et des câbles métalliques.
Après la Première Guerre mondiale, ces techniques furent mise au service de l’aéronautique, avec l’appui de son gendre, Gaston Leinekugel Le Cocq, et l’entreprise développa des systèmes de hangars à toiture suspendue permettant de couvrir de grandes surfaces sans multiplier les appuis intérieurs, une caractéristique particulièrement recherchée pour les bâtiments destinés aux avions et aux hydravions.
L’histoire de Ferdinand Arnodin, avec celle de son gendre, permettent de mieux comprendre les liens entre les techniques des grands ponts métalliques et celles des hangars aéronautiques du début du XXᵉ siècle.

Formation

Ferdinand Arnodin naît le 9 octobre 1845 à Sainte-Foy-lès-Lyon. Son père travaille comme chef de travaux dans l’entreprise des frères Seguin, pionniers français des ponts suspendus. La famille s’installe en 1849 à Châteauneuf-sur-Loire.
Sa formation est à la fois théorique et pratique : son père l’envoie suivre les cours de l’école professionnelle d’Orléans puis Ferdinand acquiert une expérience dans différents métiers de la construction. Il complète cette formation par des cours du soir au Conservatoire des Arts et Métiers. Cette connaissance concrète des matériaux, de la fabrication et du chantier va fortement influencer sa carrière.
En 1866, il devient à 21 ans inspecteur des ponts pour la Société générale des ponts à péage (anciennement Compagnie Seguin). Il y découvre alors les difficultés des premiers ponts suspendus, dont la stabilité n’est pas encore totalement maîtrisée.

La création de l’entreprise Arnodin

En 1872, Ferdinand Arnodin crée son entreprise à Châteauneuf-sur-Loire qui devient progressivement un établissement industriel spécialisé dans les ouvrages métalliques, et notamment dans la fabrication de câbles et de ponts suspendus.
Pour améliorer la stabilité des ouvrages, il augmente la rigidité des tabliers et développe, entre autres de nouveaux systèmes de câbles :  les câbles toronnés à torsions alternatives.
Ces recherches sont importantes pour l’histoire des constructions métalliques au-delà du seul domaine des ponts : elles reposent sur une même recherche de légèreté, de résistance et de grandes portées qui caractérisera plus tard certaines architectures industrielles et aéronautiques.

Les ponts suspendus et ponts transbordeurs

Ferdinand Arnodin devient rapidement l’un des principaux spécialistes français des ponts suspendus. Parmi les ouvrages qui jalonnent sa carrière figurent notamment le pont de Saint-Ilpize construit avec l’ingénieur Jollois, plusieurs ponts suspendus construits ou rénovés en France et des ouvrages ferroviaires utilisant des systèmes de câbles.
Il développe également le principe du pont à transbordeur, pour lequel il dépose un brevet en 1887. Il participe notamment à la réalisation du pont transbordeur de Biscaye à Portugalete, en Espagne, inauguré en 1893 avec l’ingénieur Alberto de Palacio.
D’autres ponts transbordeurs seront construits ou étudiés par son entreprise à Rouen, Bizerte, Nantes, Marseille, Brest, Martrou ou encore Newport.
Ces ouvrages sont importants pour les solutions techniques qu’ils mettent en œuvre : grandes portées, pylônes, câbles, structures métalliques suspendues et recherche d’une réduction des masses.

Aline Arnodin et Gaston Leinekugel Le Cocq

La transmission entre l’entreprise Arnodin et les futures réalisations aéronautiques passe notamment par la famille. Ferdinand Arnodin a une fille, Aline Marie Charlotte Arnodin, qui épouse le 22 octobre 1900 à Châteauneuf-sur-Loire Gaston Leinekugel Le Cocq (cf. synthèse biographique). Après son mariage avec Aline, il quitte la Marine en 1901 et rejoint l’entreprise de son beau-père. Cette arrivée est déterminante : Gaston Leinekugel Le Cocq va travailler directement avec Ferdinand Arnodin sur les ponts métalliques suspendus et acquérir une connaissance approfondie des structures à câbles.

Une école de la “structure suspendue”

L’entreprise Arnodin ne doit donc pas seulement être considérée comme un constructeur de ponts.  Elle constitue également un lieu où sont expérimentées et perfectionnées des techniques susceptibles d’être transposées à d’autres domaines.
Le principe fondamental est relativement simple : plutôt que de faire reposer toute la charge sur une charpente lourde, on peut utiliser des éléments travaillant essentiellement en traction, notamment des câbles.
Cette approche permet : de réduire la masse de la structure, de franchir de grandes distances, de limiter le nombre d’appuis, de préfabriquer la majorité des éléments de charpentes, de faciliter le transport et le montage et d’adapter la structure à différentes configurations.
Ces caractéristiques vont se révéler particulièrement intéressantes lorsque l’aviation impose la construction de bâtiments de grande dimension.

Les brevets déposés par l’entreprise Arnodin

Ferdinand Arnodin dépose en son nom au total une douzaine de brevets concernant la construction métallique. Le premier relatif à l’invention des câbles à torsion alternative date de 1874, deux ans après la création de son entreprise. D’autres brevets concerneront les ponts transbordeurs et autres ouvrages de franchissement mais Arnodin inventera également des dispositifs plus communs comme des machines à câbles, des outillages portatifs, …

Le brevet du système de construction à toiture suspendue

Extrait du brevet de système de construction à toiture suspendue déposé par Ferdinand Arnodin le 17 mars 1916. Source : INPI

Le 17 mars 1916, Ferdinand Arnodin dépose un brevet pour un système de construction à toiture suspendue, à peu près en même temps que celui déposé par Dubois-Lepeu et un an avant les premiers brevets de ce type déposés par son gendre. Dans ce brevet sont proposés plusieurs configurations de suspensions de la toiture, dont on peut remarquer que certaines se rapprochent des systèmes Leinekugel et Dubois.

Deux années plus tard, le bulletin de renseignement du Génie de 1918 publie une coupe et une photo d’un hangar à toitures suspendues conçu et construit par la société Arnodin : la coupe diffère de principe semble différer légèrement de la réalisation au niveau des haubannages à l’arrière, moins nombreux sur la photo. La coupe se rapproche de la figure n°3 du brevet de 1916.

La description qu’en donne le bulletin du génie est la suivante :

“les hangars du système Arnodin comportent une toiture en toile, tôle ondulée ou de tout autre type léger, supportées par des fermes haubannées transversales du type adopté pour les ponts transbordeurs construits par M. Arnodin.

Chacune de ces fermes se compose d’une poutre avec travée centrale cantilever reliée au sommet de chacun des deux pylônes par des câbles métalliques. Des ancrages, placé à l’extrémité de chaque culasse, assurent l’équilibre du système dont la résistance au vent est réalisée par l’empattement de la base des deux pylônes. […]

Ce type de construction permet de franchir des très grandes portées avec une consommation de métal relativement réduite.

Coupe de principe du hangar Arnodin (notez l’orthographe différente dans la légende). Source : Bulletin de renseignement du Génie de 1918

Nota : Un article de la revue La Nature de 1921 nous apprend que l’entreprise France-Lanord et Bichaton avait revendiqué l’invention de ce type de toitures suspendues dès 1915, avec deux réalisations à Bron, qui correspondraient à des hangars similaires aux Dubois-Lepeu. Un brevet en rapport avec ce type de toitures suspendues a bien été déposé le 21 janvier 1916 par la société France-Lanord et Bichaton. Néanmoins, le système breveté par cette société diffère de la solution développée par Arnodin par le fait que les poutres suspendues ne sont pas transversales comme dans le système Arnodin.

La succession de Ferdinand Arnodin

Ferdinand Arnodin meurt à Châteauneuf-sur-Loire le 14 avril 1924.
À sa disparition, l’entreprise est reprise conjointement par son fils Georges Arnodin et son gendre Gaston Leinekugel Le Cocq.
Elle prend alors l’appellation : « Ets. Ferdinand Arnodin, MM. G. Arnodin et G. Leinekugel Le Cocq, fils et gendre successeurs ».

Gaston Leinekugel Le Cocq avait toutefois déjà créé en 1922 sa propre société à Larche, en Corrèze, la Société de Construction Métallique de la Corrèze (SCMCL).  En 1937, Gaston Leinekugel Le Cocq reprend finalement l’entreprise de Châteauneuf et le nom commercial Arnodin face à son beau-frère Georges.

Parallèlement, un ancien ouvrier de l’entreprise de Ferdinand Arnodin, Basile Baudin monte en 1919 une entreprise spécialisée dans les structures métalliques : la Société des Etablissements B. Baudin & Cie. En 1924, à la mort de Ferdinand Arnodin, Basile Baudin se réoriente vers la construction de ponts. Après un changement de nom en 1928, les Établissements Baudin deviennent en 1952, Baudin Châteauneuf. La société a racheté depuis quelques années, les Établissements Arnodin, qui a définitivement fermé ses portes en 2019.

Réalisations connues dans le domaine aéronautique

Si l’on se limite aux réalisations connues de Ferdinand Arnodin, en laissant de côté les réalisations attribuées à son gendre Gaston Leinekugel Le Cocq, nous pouvons recenser à ce jour trois sites où ont été construits les hangars de type Arnodin  :

  • Istres : quatre exemplaires, un seul existe encore à ce jour
  • Avord : deux exemplaires, détruits
  • Cherbourg – Chantereyne : trois exemplaires, tous détruits

Nota : Nous reviendrons prochainement sur ce hangar type pour voir notamment s’il existe des différences notables entre ces différentes réalisations.

Exemple de hangar Arnodin à Avord. Source : Bulletin de renseignement du Génie de 1918
Dernier exemplaire de hangar Arnodin à Istres. Coll. 2A
Sources
  • [1] Didier Leinekugel Le Cocq, Ingénieur des ponts. L’histoire de l’entreprise Arnodin – Leinekugel Le Cocq de 1872 à 2002, Éditions La Vie du Rail, 2010.
  • G. Labeeuw, « Gaston Leinekugel Le Cocq », Hangars Aéronautiques, synthèse biographique et réalisations aéronautiques.
  • G. Labeeuw, « Type Leinekugel Le Cocq – Hangar métallique à toiture suspendue », Hangars Aéronautiques.
  • Association Française de Génie Civil, « Ferdinand Arnodin ».
  • Grand quartier général des armées. Bulletin de renseignements du génie. 1918/02
  • Gaston Leinekugel Le Cocq, « Constructions métalliques : l’application des câbles à la construction d’ateliers et de hangars pour avions ou dirigeables, à toiture suspendue », Le Génie civil, n° 2012, 5 mars 1921.
  • Bulletin de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale, 1922.