1914 – 1918 : Hangars de l’aviation durant la Grande Guerre
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Extraits de l’article Les hangars : le génie des ingénieurs, par G. Labeeuw, publié en 2014 dans l’Aérofrance n° 125
À chaque type de terrain son type de hangar
Dans les années 1900, les premiers terrains d’aviation sont de simples champs dotés d’une piste en herbe sur lesquels les premiers avions, de construction fragile, sont abrités dans des hangars en bois issus de modèles agricoles. En 1914, la guerre rend nécessaire l’équipement en grand nombre des terrains du front par des hangars dits « de campagne », rapidement projetables.
Le hangar « Bessonneau » du nom de la société angevine de filatures, corderies et tissages, devient rapidement le type le plus répandu. Existant en plusieurs dimensions pour s’adapter aux différentes envergures d’avions, le « Bessonneau » était constitué d’une charpente en sapin recouverte d’une bâche de chanvre enduite. Le modèle le plus grand pouvait contenir plusieurs avions malgré ses dimensions relativement modestes : 26 m par 28. Produits à des milliers d’exemplaires, il n’en reste que très peu d’exemplaires dont celui de Passy, inscrit aux Monuments Historiques, et transféré au Cercle des Machines volantes de Compiègne.
Nota : D’autres type de hangars démontables ont été inventés mais n’ont pas connu le succès des hangars Bessonneau : hangar pneumatique Voisin, hangar Hervieu, …
A l’arrière du front, des grands camps d’aviation regroupant des ateliers, des écoles d’aviation sont créés à Pau, Istres, Avord ou encore Reims. Les installations des constructeurs aéronautiques sont transférées à l’intérieur du pays et les premiers centres de l’aviation maritime voient le jour. Cette localisation à l’abri des combats a permis d’y développer des infrastructures plus diversifiées. Si l’on écarte les structures en bois, dont l’apparente banalité et le peu d’exemplaires restant aujourd’hui ne permettent guère d’en connaître leur processus de développement, l’emploi du métal et du béton armé va générer les premières réalisations remarquables.
Les hangars métalliques suspendus
Les structures métalliques présentent des avantages indéniables en terme de légèreté et de portée par rapport aux structures en bois mais la pénurie d’acier durant la première guerre freine leur développement. Les plus remarquables ont des charpentes métalliques suspendues par câbles ou dites « à fermes haubanées », tirant parti de l’expérience acquise lors de la construction de hangars à dirigeables. Il ne reste en France que deux exemplaires de ces types, à Toussus-le-Noble et à Istres.
Le hangar « Dubois » a été construit par l’entreprise éponyme vers 1917 sur l’aérodrome de Mérantais, pour Henry Farman, avec l’appui de l’ingénieur Lepeu et de l’architecte Blot. La charpente est constituée de 27 fermes métalliques, constituées de cornières rivetées, suspendues par des câbles à six pylônes répartis au faîtage et à l’aplomb des portes du hangar. Déplacé à Toussus-le-Noble, il est le dernier exemplaire de ce type, qu’on trouvait pourtant sur de nombreux terrains tels que le Bourget, Villacoublay, Bron, Mondésir…
Le système de l’entreprise Arnodin-Leinekugel-Lecoq, du nom de l’ingénieur Ferdinand Arnodin connu pour ses ponts transbordeurs, permet quant à lui d’obtenir une surface à trois nefs de 80 m de portée, à l’aide d’une série de pylônes de type Eiffel de 17 m de haut répartis au milieu de chacun des longs-pans de la toiture. La base aérienne d’Istres en conserve le dernier exemplaire, construit en 1917.
1916 : Premiers hangars avions en béton armé en France
On doit les premières études de hangars en béton armé à Freyssinet, lorsqu’il présente en 1913 à la chefferie du génie d’Orléans un projet audacieux de hangar « voûte ». Vantant les mérites des structures en béton que l’ingénieur avait perfectionnées sur des ouvrages d’art de très grande portée, il ne rend pourtant pas le Génie sensible aux arguments de solidité, de sécurité, d’étanchéité et de résistance à l’incendie de ces structures. A la fin de 1915, la pénurie d’acier s’aggravant, ce projet retrouve les faveurs des militaires et l’entreprise Limousin remporte avec Freyssinet le programme de construction de huit hangars pour le camp d’Avord. D’une portée de 46 m, ces hangars en béton constituent une prouesse technique pour l’époque. Leurs voûtes constituées d’arc-nervures et de hourdis en béton assurent à la fois le franchissement et la couverture, autant d’économie de temps et de matière que l’ingénieur des Ponts et Chaussées perfectionnera ensuite sur les hangars à dirigeables d’Orly. Trois ans plus tard, à Villacoublay, Freyssinet concrétisera son projet de 1913 en juxtaposant trois voûtes en berceau parallèles, coupées par deux autres voûtes centrales perpendiculaires joignant la clé des premières, libérant ainsi entièrement une surface intérieure de 120 m de largeur, portée inégalée à l’époque.
De conception plus classique, le système Piketty s’appuie quant à lui sur de grands arcs à trois articulations en béton préfabriqué recouverts de tuiles Minard. Une série de huit hangars seront achevés vers 1918 sur le terrain de Villacoublay, dont quatre sont toujours utilisés par l’entreprise Messier-Bugatti.