
Albert Dubois
Par G. Labeeuw d’après sources diverses
DUBOIS Albert
né le 29 octobre 1853 à Saint-Dié (Vosges).
Décédé le 10 avril 1944 à Paris.
Chevalier de la Légion d’Honneur le 14 août 1900.
[1] Le manuscrit rédigé en juin 1944 par son petit-fils, l’historien Philippe Wolff, constitue la principale source permettant de retracer la trajectoire professionnelle d’Albert Dubois
Formation
Albert Dubois naît à Saint-Dié, dans les Vosges, le 29 octobre 1853, dans un milieu modeste. Il perd son père, “Louis Albert”, à l’âge de six ans et très tôt, doit apprendre un métier. À treize ans, Albert travaille durant trois ans comme apprenti ajusteur dans les ateliers de construction Beyer Frères à Saint-Dié, puis rejoint en 1870 les ateliers de machines agricoles Valck-Virey.
La guerre de 1870 bouleverse son existence. Dès sa majorité, il quitte les Vosges pour Paris à pied. Après quelques emplois d’atelier comme mécanicien puis ajusteur, il entre dans la maison Baudet, spécialisée en serrurerie et constructions en fer et complète sa formation d’ouvrier par un emploi de dessinateur industriel dans la maison Verstaen, spécialisée dans les coffres-forts.
Création de l’entreprise Dubois et Nicolle
Le 1er juillet 1887, Albert Dubois rachète la maison Collet-Bourgogne (entreprise de serrurerie fondée par M. Bourgogne en 1820 puis associée au centralien Collet, située au 101 rue de Vaugirard) et fonde avec Charles Nicolle (ingénieur ECP) sa propre entreprise à Paris sous la dénomination sociale : Dubois et Nicolle.
L’entreprise créée est spécialisée dans la serrurerie, les constructions métalliques et les charpentes en fer. Le développement est rapide en cette fin de XIXème siècle où la construction métallique connaît un essor important et de nombreux chantiers dans lesquelles l’entreprise est impliquée sont relatés dans la presse : l’École d’Alfort, l’École des Mines, le Muséum d’Histoire naturelle, les serres du Palais d’hiver du jardin d’acclimatation (1893-1895), l’évêché d’Ajaccio ou la cathédrale de Limoges…

En 1890, l’entreprise déménage rue Saint-Amand (n°7 au 9 puis au 13) dans le XVe arrondissement de Paris, où elle dispose d’installations plus importantes. En 1899 [2], elle remporte le marché de construction des charpentes métalliques du Palais des Mines et de la Métallurgie, qui vaudra à C. Nicolle et A. Dubois une médaille d’or à l’Exposition universelle de 1900.
La transformation en entreprise Dubois et Cie puis A. Dubois et Lepeu

Fin 1902 marque la fin de la collaboration avec Charles Nicolle qui vend ses parts de l’entreprise à Albert Dubois et qui devient la maison Dubois et Cie. En 1905, Albert Dubois s’associe avec Lucien Lepeu, ancien élève de Polytechnique et la maison s’appellera désormais Ets Dubois et Lepeu. Par la suite, l’entreprise s’agrandira vers la fin des années 1910 avec la construction d’ateliers à Corbeil et Essonnes.
Réalisations jusqu’en 1914
Parmi les réalisations les plus importantes auxquelles l’entreprise Dubois et Cie participe, l’on trouve :
Des ponts métalliques :
- les ponts du canal du Centre ;
- des ouvrages du canal de Roanne à Digoin ;
- un pont sur l’Aisne à Vailly ;
- un pont sur la Somme à Eaucourt ;
- des ouvrages de la ligne Meaux-Dammartin.
Des bâtiments industriels, publics et monuments :
- les usines Charron à Puteaux ;
- les établissements Kellner à Billancourt ;
- des charpentes pour grues, appareils de levages
- le Grand Palais des Champs-Élysées ;
- les gares de Saint-Dié, Noisy-le-Sec, Limoges et Chartres.
Réalisations connues dans le domaine aéronautique

La monographie de Philippe Wolff de 1944 ne cite que quelques réalisations de « hangars métalliques pour les gouvernements français, russe et espagnol » a priori réalisés avant 1914.
D’autres sources [3] mentionnent en 1911 un fort intérêt de la maison Dubois et Cie dès le développement de l’aéronautique pour la réalisation de hangars pour dirigeables puis pour aéroplanes. Selon Nogue [4][5], c’est en 1898 qu’est recensée la première réalisation de la maison Dubois et Nicolle pour un hangar aux ateliers aérostatiques Lachambre, à Paris. Nous n’avons pas trouvé d’illustration de cette réalisation.
Par la suite, Dubois et Cie est chargé par les armées de développer un hangar démontable et transportable pour dirigeables, dont l’Américain Melvin Vaniman, ingénieur en chef de l’expédition Wellmann, dépose le brevet en 1908. Le principe de ces hangars consiste à réaliser des fermes caissons en treillis métalliques, stabilisées par des haubans et dont le faîtage est cintré. Le hangar à dirigeable est recouvert d’une toile Bessonneau. D’un point de vue typologique, cette structure est très proche de celle du hangar démontable anglais dont il reste un exemplaire à Farnborough (https://airminded.org/2016/11/20/the-portable-airship-hangar-at-farnborough)
Plusieurs réalisations de ces hangars à dirigeables démontables sont sans doute à mettre à l’actif de la maison Dubois et Cie, dont on peut citer celle du hangar de Rozière – Lapalisse (Allier) [6] en septembre 1909. La photo ci-dessous correspond au montage à blanc de la structure sur le terrain de manœuvres d’Issy-les-Moulineaux.

Des brevets d’amélioration de ces hangars démontables seront déposés par Albert Dubois et Lucien Lepeu en 1913. Un autre hangar Dubois est édifié à Albi avant 1913 comme en attestent des cartes postales. Après l’armée de terre, c’est au tour de la Marine de s’équiper en hangar à dirigeables de type Dubois, comme à Marquise-Rainxent en 1916. En 1918, deux hangars mobiles Dubois (N2 et N5) seront construits à Rochefort [7].
Les hangars à toiture suspendue Dubois-Lepeu (cf. page du hangar type)

Dans la suite des premières réalisation de hangars pour avions, dont seul l’exemple conservé aux archives municipales de Calais a pour le moment été retrouvé, Dubois et Lepeu déposent un brevet vers 1915-1916 [8] (brevet non retrouvé à ce jour) pour un hangar à toiture suspendue équilibrée, à peu près au même moment que les projets de Leinekugel Le Cocq et d’Arnodin. Ce type de hangar est d’ailleurs présenté dans le bulletin de renseignements du Génie de 1918.
NOTA : Un autre fabricant, France Lanord et Bichaton, semble revendiquer le même type de toiture suspendue, à des dates très similaires voire antérieures, comme le révèle l’article de La Nature de 1921 [10]. Les deux hangars de Bron sont probablement à mettre à l’actif de France Lanord et Bichaton, même si ces réalisations paraissent en tout point similaires à celles des Dubois-Lepeu.
La charpente de ces hangars suspendus Dubois Lepeu est constituée de fermes métalliques transversales, constituées de cornières rivetées, suspendues par des câbles à des pylônes répartis au faîtage et à l’aplomb des portes du hangar.
Les réalisations de ce type de hangar recensées à ce jour sont :
- Dijon – Longvic
- Etampes -Mondésir
- Le Bourget
- Lyon – Bron (non confirmé à ce jour, probablement à attribuer à l’entreprise France Lanord & Bichaton)
- Toussus (remonté vers 1936, en provenance de Mérantais)
- Villacoublay
Le seul hangar de ce type encore visible de nos jours se situe à Toussus-le-Noble.

Sources :
- [1] Notice biographique de Philippe Wolff, historien et petit-fils d’Albert Dubois, dressée en 1944
- [2] Le Génie civil : revue générale des industries françaises et étrangères. 1899-07-01.
- [3] Exposition internationale des industries et du travail de Turin 1911. Groupe VI. Classes 35, 36, 37. Travaux publics
- [4] Maryse Lassalle, Bases pour dirigeables, histoire et actualité . 2005
- [5] Nogue Nicolas, Architecture aéronautique en France, Docomomo France, 2006 (non publié).
- [6] Le Génie civil : revue générale des industries françaises et étrangères. 1909-10-02.
- [7] Mariet Vincent, Rochefort dans la Grande Guerre. L’aérostation et les ballons et la Marine.
- [8] Dumont Marie-Jeanne, L’architecture de l’aéronautique en France 1900-1940, ministère de la culture (non publié), 1988
- [9] Grand quartier général des armées. Bulletin de renseignements du génie. 1918/02
- [10] La nature 1921 : Toitures suspendues (France Lanord)