Hangar allemand type “dommages de guerre”

Hangar allemand dit  “Dommages de guerre”

par G. Labeeuw

Il s’agit de hangars allemands transférés en France après l’Armistice  dans le cadre de la réparation des dommages de guerre :  Le Traité de Versailles – Partie VIII : Réparations (Articles 231 à 247 + Annexe I) prévoyait la possibilité pour l’Allemagne de fournir des matériels en guise de compensation des biens endommagés ou détruits dans les pays alliés.  Nous n’avons pas encore pu consulter les pièces d’archives relatives à ces compensations mais les hangars allemands installés en France dans les années qui suivent relèvent bien de cette logique.

Ce type de hangar métallique a été créé par les Allemands juste avant la Première Guerre mondiale et perfectionnés durant celle-ci. Il ne s’agit donc pas a priori de hangars créés pour servir de compensation mais plus certainement de hangars démontés sur des terrains allemands pour être remontés dans les pays alliés (France, Belgique,…) ou de stocks résiduels. Plusieurs versions primitives de ce type de hangar sont construites sur les terrains allemands durant la WW1. La version qui nous intéresse ici semble la plus tardive.

Le recensement ci-dessous reste parcellaire, du fait de l’absence de consultation du listing des compensations. Néanmoins, ces hangars métalliques disposent d’une configuration de charpente caractéristique qui permet leur repérage. Une trentaine d’exemplaires sont déjà recensés. Il en reste quelques exemplaires encore en état en 2025.

Des exemplaires existent également encore en Italie, comme à l’aéroport de Gorizia et en Belgique, comme à Gossoncourt (Goetsenhoven)

Hangar type Dommages de guerre, au CAM de Berre l'Etang. Dénommé Francfort, ce hangar a été remonté vers 1923
Hangar type Dommages de guerre, au CAM de Berre l’Etang. Dénommé Francfort, ce hangar a été remonté vers 1923. Coll. DGAC via H.Conan
Description, types et variantes

Ces hangars métalliques ont une toiture monopente inclinée vers la façade arrière. La façade principale est dotée de portes à panneaux se repliant totalement en partie centrale, de type accordéon. Au dessus-des portes, la poutre-au-vent métallique est en générale couverte par des panneaux translucides (vraisemblablement vitrés) formant un auvent. La toiture comportait généralement une verrière en fond du hangar, leur conférant un confort d’utilisation. Certains hangars étaient également équipés de lanterneaux de toiture.

La forme des poutres métalliques triangulées est caractéristique par son inflexion à l’arrière.

Variantes :

  • Les variantes connues sont parfois juste les premières versions du type, avant qu’il ne soit perfectionné : A Devau (cf. historique ci-dessous), en 1913, les poutres reposent tous les 20m sur des structures métalliques formant portiques entièrement métalliques, tandis que dans la version définitive, les poutres métalliques reposeront à l’arrière des murs chaînés avec des poteaux en béton ou maçonnerie. L’inflexion sur la toiture n’existe pas encore et la verrière vitrée n’est pas encore utilisée, préférant l’utilisation de lanterneaux en toiture.  .
  • Il existe d’autres variantes, qui semblent être des versions alternatives de ce type de hangar, comme ceux dont la forme de la charpente adopte une courbure. Ces hangars apparaissent sur des archives plus anciennes, avant ou au tout début de la 1ère GM. C’est le cas à Metz, où les trois premiers hangars sont adoptent une charpente courbe.

 

Plans de la charpente du hangar type Dommages de guerre
Plans/coupes de la charpente d’un hangar type Dommages de guerre. Source : Landesarchiv NRW
Caractéristiques

Si l’on s’en tient au type le plus courant, c’est à dire ceux installés après l’Armistice, les caractéristiques et dimensions sont les suivantes :

  • longueur : 66 mètres : 3 cellules de 22 mètres. Entre chaque cellule se dresse un portique à l’aplomb de la poutre-au-vent, sur lequel viennent se rabattre les vantaux des portes accordéons.
  • profondeur : 22 mètres à l’entraxe, non compté l’auvent translucide
  • hauteur : au faîtage : 7,8 mètres,  utile  : 4,7 mètres (= de passage au niveau des portes), à 5 m sous poutres intérieures

La charpente triangulée est constituée de cornières métalliques rivetées ou boulonnées suivant les remontages effectués en France. La charpente comporte une inflexion à l’arrière, permettant un meilleur écoulement des eaux pluviales sur la verrière. Le reste de la couverture est opaque, en tôle métallique brutes ou panneaux métalliques recouverts d’une étanchéité bitumineuse. A noter des bracons latéraux au niveau des portes, en saillie par rapport aux pignons, caractéristiques de ce type de structure.

Les remplissages des parois latérales est en maçonnerie, de pierre ou de briques selon les régions.

Les portes accordéons sont constituées de panneaux suspendus sur rail fixé à la poutre-au-vent et guidés au sol, qui viennent se ranger sur les côtés ou en partie centrale au droit du portique.

Les cinq hangars du Bourget, quelques années après leur remontage. Vue aérienne IGN de septembre 1926
Historique détaillé

Ces hangars métalliques étaient présents sur de nombreuses bases aériennes et aérodromes allemands mais également dans des usines d’aviation, et ce dès le milieu des années 1910. Parfois, ces structures métalliques étaient également aménagés pour accueillir des bureaux et ateliers. La recherche des archives sur ce type de hangars n’est pas simple mais des informations publiées dans les revues professionnelles (comme Der Stahlbau) sur l’acier nous ont permis de retracer l’avènement de cette typologie de hangars métalliques. Il est par ailleurs étonnahnt de voir ce type de hangar métallique émerger à cette époque où les hangars en bois semblaient la solution la plus adaptée, comme l’a illustré le travail de recensement de Cross and Cockade. Sans doute que les arguments sur l’ininflammabilité des charpentes en acier, certes différente de leur faible résistance au feu, aura convaincu les autorités allemandes de développer ce type de structures durant la Première Guerre mondiale en parallèle des structures bois plus communes. Un autre argument est évidemment la rapidité de montage de ces hangars.

La première évocation connue de ce type de hangar métallique, dans une version antérieure mais finalement assez proche de celle dénommée “dommages de guerre” remonte à 1913, sur le terrain de Devau, en prusse orientale.

Hangar métallique 1913 – entreprise J. Gollnow & Fils

A Devau, près de Königsberg (Prusse orientale), en 1913 un premier hangar métallique à avions d’environ 62 m de longueur, 21 m de profondeur et 4,7 m de hauteur libre fut construit sous la maîtrise d’ouvrage de l’Office des constructions militaires n° 1 . La charpente est constituée de portiques articulés aux deux extrémités, espacés de 20,8 m à l’entraxe, et d’une poutre-au-vent triangulée sur toute la longueur du long-pan.  Des contreventements en toiture et les murs latéraux et à l’arrière assurent la stabilité de l’ensemble. La couverture du toit est en carton bituminé sur un voligeage en bois. Les vantaux des portes sont également revêtus de cette matière. L’éclairage se fait par des lanterneaux  totalisant 108 m² de surface au sol et par des fenêtres sur le mur arrière du hangar d’une surface totale de 37 m², soit seulement 5,5 % de la surface au sol du hangar, c’est-à-dire relativement peu. Dans cette première version, il n’existe pas encore d’inflexion sur l’arrière de la toiture avec la verrière vitrée. Les portes sont disposées sur le long-pan face au terrain  : ce sont des portes coulissantes pliantes en deux parties selon le système « Bertram », qui ferment chacune une ouverture de 21 m de large et se replient ou se déplacent en partie de chaque côté des poteaux principaux lors de l’ouverture. D’autres exemplaires de ce type furent par la suite construits à Devau, de longueur bien plus conséquente (126 m).

Hangar métallique à Devau, 1913. Source : Der Stahlbau

Une autre version beaucoup plus longue de ce hangar a été réalisée en 1914/15 sur l’aérodrome de Schneidemühl (Pologne). Chacun des trois hangars à avions avait pour dimensions : 195 m de longueur, 21 m de profondeur et 4,7 m de hauteur libre. Les poutres métalliques principales, disposées tous les 21 m, sont conçues comme des portiques articulés et supportent la poutre-au-vent au droit des portes. Les portes sont composées de portes pliantes coulissantes du système « Wolf ».

Hangar métallique à l’aérodrome de Schneidemühl, 1914/1915. Source : Der Stahlbau

Similitudes/différences avec le type “Dommages de guerre”

Ces premières versions de hangars métalliques sont semblables par de nombreux points :

  • La profondeur, sensiblement identique : 21 à 22 m
  • La hauteur utile (4,7 m au passage)
  • La structure, avec un système de portique articulé et une charpente triangulée avec une pente inclinée vers l’arrière du hangar
  • L’auvent au droit de la poutre-au-vent
  • Les portes, de type accordéon

Et différents par :

  • la longueur, souvent variable, contrairement aux 66 m
  • la disparition des pieds métalliques en partie arrière
  • l’absence d’inflexion à l’arrière de la toiture, pour la mise en place de la verrière
  • parfois par la longueur de certains hangars, qui à l’origine pouvaient atteindre 195 m en un seul volume.
Généralisation du type

Il nous est difficile de dater le moment de la standardisation du type. Les longueurs des premiers hangars sont souvent variables, même si elles sont un multiple de l’entraxe des poutres. Néanmoins on a pu trouver de nombreux exemples  à Cologne (KÖLN) – Butzweilerhof, à l’usine Daimler sur l’aéroport de Böblingen (une dizaine de hangars de ce type), les terrains de Kitzingen, Schleißheim, Gersthofen – Gablingen, Braunschweig, Breslau-Gandau, Bydgoszcz (Pologne)… Parfois la dénomination de ce type de hangar qui apparaît sur les plans précise : “Eiserne Normal Flugzeughallen”

Une chose semble relativement sûre, c’est que les versions remontées en France semblent homogènes, si l’on écarte les terrains déjà allemands avant guerre.

Vue intérieure d’un hangar métallique à l’aérodrome de Schleissheim, identique au type Dommages de guerre. Source : heimatmuseum-oberschleissheim
Série de hangars type Dommages de guerre à l’aérodrome de Böblingen (Stuttgart) en 1918. Source : Landesarchiv_Baden-Wuerttemberg_Hauptstaatsarchiv_Stuttgart_M_700-1_Nr._176_Bild_1_(1-840838-1)
Exemplaires recensés en France (en cours)
Vu ànombrePériode de constructionEtatCommentaires
Berre (CAM)11923-1924démonté en 1957 pour être transféré à IstresHangar dénommé "Francfort", remonté en 1923. Longueur : 66m
Dakar1NCNCarticle "L'illustration"
Istres11957détruit fin des années 90Ancien hangar de Berre
Le Bourget51922-1923Endommagés WW2, puis transformés (extension ~1965). existants en 2025Derrière les hangars Lossier. Longueur : 66m. Au gré du temps, certains seront transformés en bureaux ou restaurants et des extensions combleront les vides entre les hangars
Metz - Frescaty12~1922Très endommagés WW2, puis transformés. 7 encore existants en 2025transformés (plus de vocation aéro)
Nancy - Essey10NC2 détruits WW2, 5 détruits ou démontés ultérieurement, 3 existants en 2025Longueur : 66m. Les 3 exemplaires restants en 2025 ont été modifiés
ReimsNCNCNCpas de traces trouvées de ce type de hangar
ToursNCNCNCpas de traces trouvées de ce type de hangar
Sarrebourg - Bühl1~1913existant en 2025longueur : > 66 m
Strasbourg - Neuhof (Polygone)4~1919existant en 2025Longueur : 66m
Sources :
  • Revue Der Stahlbau 1928
  • Revue L’Illustration du 12 juin 1926
  • archives bundesarchiv
  • Revue La Construction Moderne, 18 décembre 1927
  • archives SHD : cote n° GR 9 NN 7 648 (non consultées)
  • Archives nationales – Fonds AJ/5 et AJ/6 : Commission interalliée des réparations (1919-1931) : dossiers sur les livraisons de matériel aéronautique et hangars. (non consultées)
  • La base d’Aéronautique navale de Berre (1919-1972), ARDHAN
  • https://www.pennula.de/index.htm