Fernand Aimond
Biographie rédigée G. Labeeuw pour le livre Les ingénieurs des Bases aériennes, Tome 1 : 80 ans de services civils et militaire ; collection mémoire de l’aviation civile, décembre 2021

AIMOND Fernand
Né le 5 juin 1902 à Paris
Décédé le 17 mars 1984
Promotion X1920 – P&C 1923-26
Né à Paris en 1902, Fernand Aimond, polytechnicien (promotion 1920) et élève de l’école nationale des ponts et chaussées (1923), il est nommé en octobre 1924 ingénieur ordinaire de 3ème classe.
En 1926, Aimond est affecté comme adjoint à l’ingénieur Willemin en charge du Service des forces hydrauliques du Sud-Ouest, à Toulouse. Ce premier poste lui donne l’occasion d’effectuer des recherches en hydrodynamique sur les ouvrages hydrauliques. En 1929, il soutient à la faculté des sciences de Paris une thèse sur le sujet Recherches d’hydrodynamique en vue de la détermination du mouvement de l’eau sur un barrage déversoir et obtient le grade de docteur ès sciences en mathématiques.
Le Service des bases
Ceci explique sans doute le fait que Fernand Aimond soit mis à partir du 1er octobre 1929, sur sa demande, à la disposition du ministère de l’air pour être affecté au service des bases (section des travaux neufs), en situation de service détaché. En effet, à cette époque, les infrastructures aériennes sont depuis une dizaine d’années un terrain d’expérimentation inédit pour les structures en béton armé, grâce notamment à quelques grands ingénieurs comme Caquot, Freyssinet ou encore Lossier. Les possibilités de mise en pratique de nouvelles approches mathématiques sont encore loin d’être épuisées.
En 1930, comme René Lemaire, Aimond est répétiteur à l’école nationale supérieure de l’Aéronautique dans le domaine de la résistance des matériaux.
Au sein du Service des bases, Aimond sera rapidement nommé chef du Service des études et de la signalisation, où il s’occupe en particulier des bâtiments des bases militaires.
En 1932, il réalise pour le compte du Service des bases, avec l’ingénieur Lapresle, le programme de construction de la soufflerie de chalais-Meudon et choisit le projet de l’ingénieur Le Marec (qui est également l’auteur du premier hangar de type Caquot à Lyon-Bron). Aimond réalise d’autres programmes pour le centre d’essais d’Orléans et les Ateliers industriels de l’aéronautique.
Les paraboloïde hyperboliques (ph)
En 1933, Aimond est le premier ingénieur français à publier dans la revue Le génie civil une étude sur les voiles minces en forme de paraboloïde hyperbolique (ph), fruit de recherches débutées en 1932. Cette publication aura un retentissement certain dans le monde du génie civil et bien au-delà, l’invention des ph étant la base de courants d’expressions architecturales qui suivirent, comme celles de l’architecte mexicain Félix Candela.
Un des avantages des voiles minces en forme de paraboïde hyperbolique (ph), outre la relative simplicité des calculs mathématiques, tient dans leur propriété constructive : les surfaces des ph possèdent un taux de travail constant contrairement aux types de surfaces minces. Ce qui permet « l’emploi de voiles à courbures très faibles, avec des épaisseurs réduites », un avantage indéniable pour la réalisation de toitures de hangars notamment.
Dans ce domaine des voiles minces de béton armé en forme de ph ou coques, Aimond fait face à un autre ingénieur, centralien, Bernard Laffaille [1]. Les deux ingénieurs vont au cours des années 30 se disputer les réalisations aéroportuaires les plus marquantes de cette époque.
Aimond va mettre en pratique ses recherches sur les programmes militaires dès 1935. On peut citer notamment les hangars avions et ateliers emblématiques sur les bases de Cuers-Pierrefeu, Lanvéoc-Poulmic, Saint-Mandrier, Berre, et Châteaudun. du côté civil, le hangar de Limoges-Feytiat répond de la même logique.
De 1935 à 1939
Avec les réorganisations fin 1933, le Service des bases laisse progressivement la place à la Section puis Service central des travaux et installations, qui est l’échelon central de l’administration, auquel est rattaché le Service des études et de la signalisation en tant que service extérieur.
De 1935 à 1939, Aimond, toujours à la tête du Service des études s’attache à suivre la construction de ces structures exceptionnelles en béton armé tout en exerçant le rôle de conseiller technique pour l’échelon central du ministère de l’air. Progressivement, les choix du ministère de l’air se portent vers des structures métalliques, plus rapides à élever, déplacer et à reproduire sur les différentes bases aériennes ou aéronavales. Plusieurs appels d’offres sont lancés pour des hangars métalliques à grande ouverture, dès les années 1935-36. Les plus connus sont les types Jeumont-Daydé et les doubles-tonneaux, construits à plusieurs dizaines d’exemplaires. Ces deux types s’inspirent directement des théories des coques en béton et coques auto-portantes appliquées aux structures métalliques. Nul doute que Fernand Aimond jouera un rôle dans le programme et l’attribution de ces types de structures.
Lors de conférences données à l’ENPC de 1936 à 1937, Aimond dresse un panorama détaillé des typologies des hangars aéroportuaires en béton comme métalliques et les enjeux techniques de leur conception et réalisation, démontrant ainsi une compétence hors pair dans ce domaine.
Les archives sur les années qui suivent et la période de la guerre ne permettent pas à ce jour de déterminer le rôle de Fernand Aimond au sein de l’infrastructure.
Après 1945
Au sortir de la guerre, Aimond est selon plusieurs sources d’archives, affecté au STBA en 1945, service dont l’appellation officielle semble n’intervenir que dans la note de la DBA du 17 juillet 1946. Il en sera le chef dans les premières années. Il est alors ingénieur en chef des bases et routes aériennes.
En 1946, René Lemaire fait appel à lui pour réaliser la construction en quelques mois de baraquements et une aérogare provisoire de l’aéroport de Bâle-Mulhouse. Les équipes d’ingénieurs et d’architectes qu’il dirige au sein du STBA ont mis au point un procédé de construction rapide de bâtiments préfabriqués, en structure bois. Ces derniers sont largement utilisés sur différents terrains civils (Bordeaux, Montpellier, Cannes, …) pour servir d’installations provisoires en attendant les opérations de reconstruction.
1949 – 1967
En 1949, Aimond est chargé de mission pour l’ENPC. Le 1er janvier 1951, il est affecté au service central d’études techniques pour être chargé de mission temporaire concernant les essais d’ouvrages d’art. Il assure à ce titre la validation d’un certain nombre de ponts, comme celui de Nouzonville (Meuse) en mai 1954.
Il est admis à faire valoir ses droits à la retraite en juin 1967.
Réalisations connues dans le domaine aéroportuaire dont F. Aimond est le concepteur
- garages et ateliers de l’hydrobase de Saint-Mandrier (1934-1935)
- hangar « parapluie » pour hydravions de Lanvéoc-Poulmic (1936-1937)
- hangar « parapluie » pour avions de Châteaudun (1938)
- garages et ateliers de l’hydrobase de Lanvéoc-Poulmic (1936-1938)
- hangar de Limoges-Feytiat (1935-1936)
- entrepôts pour bouteilles à hydrogène de Cuers-Pierrefeu (1934-1936)
- entrepôts pour torpilles de la base de Berre (1936-1937)
- atelier pour les mécaniciens à Rochefort-Soubise (avec Laffaille) (1934)
Notes
[1] : Sur les relations entre Fernand Aimond et Bernard Laffaille, le lecteur pourra se reporter aux travaux de recherches de Nicolas Nogue : NOGUE Nicolas, Architecture aéronautique en France, Docomomo France, 2006 (non publiée) et NOGUE Nicolas, Bernard Laffaille (1900-1955), ingénieur : de l’entreprise au bureau d’études : modes d’exercice et pensée technique, Thèse de doctorat en art et archéologie, université Paris I, 2001.