Le hangar historique du terrain d’aviation de Lille – Ronchin
par JL Charles

Identification et date de construction
L’œil averti des spécialistes « Hangars » de notre association a remarqué de suite le hangar en arrière-plan de cette photo.
« C’est un hangar type “américain” ». En effet la toiture à double pente de ce hangar avec l’inflexion au milieu de chacun des deux pans de toiture est caractéristique de ce type de hangar métallique, et il y en a eu principalement deux versions qui différaient par leur taille et les éléments de charpente métallique. La première version est de taille modeste (environ 20 m large x 30 m long, soit 600m²), tandis que la deuxième était plus grand et également plus haut (environ 33 m x 49 m, soit env. 1600m²). Une archive du Service Technique des Bases Aériennes (STAC aujourd’hui) nous indique que ces hangars étaient identifiés par une lettre T pour le plus petit et S pour le plus grand. Les Américains en ont fait livré un certain nombre pour équiper les terrains ou dépôts américains (comme à Orly) à la fin de la Première Guerre mondiale et certains sont restés en France, sans doute par l’initiative du Lt-Col Saconney.
Ce type de hangar a fait l’objet dans les années 30 d’une “réédition” du plan type par le Service des Bases (Service des Etudes et Signalisation) et de nombreux exemplaires de ces hangars ont été réalisés par différentes entreprises, dont l’entreprise Paindavoine.

Celui du terrain de Lille-Ronchin est donc le plus petit (type T) et fait donc 600 m2. Il a été construit à partir de la fin de l’année 1922.

Un article de fin décembre 1922 signale : « que le hangar a 30 m par 20 et qu’il pourra contenir 5 à 6 avions. Ce hangar sera construit sous le contrôle du Génie et qu’il aura des murs en ciment et une couverture en tôle. Il ne s’agit donc pas d’un de ces baraquements provisoires comme en élève parfois le Génie. »
On trouve dès 1923 le fait que le hangar est en activité et qu’il accueille les deux Spad-34 de l’AANF.

Ce hangar sera doublé par un autre hangar plus classique dans les années 1935-1936. Je n’ai pas encore trouvé la date précise de l’élaboration de ce second hangar. Il a environ une surface équivalente, sans double pente de toit mais avec une verrière sur le fête du toit et sur toute sa longueur. L’ouverture est latérale.

L’image ci-dessus n’étant pas de grande qualité on peut voir ce second hangar sur d’autres images mais cette fois au niveau du sol.

Le hangar de 1922-23 va continuer vaillamment à servir jusqu’à la seconde guerre mondiale. Contrairement à leurs habitudes les Allemands ne vont pas le transporter dans leur pays. Ni celui de 1922-23 ni le second !

Le transfert du hangar
L’activité du terrain d’aviation de Lille-Ronchin ne reprendra pas après cette période. Lille-Lesquin, vu la surface de son emprise foncière plus adaptée, se développera vers l’aviation commerciale, et le terrain de Lille – Marcq en Baroeul, sis sur les communes de Bondues, Wambrechies et Marquette-lez-Lille, sera affecté à l’aviation générale de formation et de loisirs.
Dans ce contexte, le hangar historique de 1922 trouvera donc asile sur l’aérodrome de Lille – Marcq en Baroeul
Je ne connais pas tous les détails de l’utilisation de ce hangar mais Georges Chevalet qui a été président de cette section vol à voile de l’UALRT nous donne quelques explications :
« Ce hangar a été démonté et réaffecté en 1948 à l’Union Aérienne Lille Roubaix Tourcoing par le SALS (Service de l’Aviation Légère et Sportive) de la DGAC, pour les besoins du Vol à Voile. Pendant 70 ans, il a constamment abrité la dizaine d’appareils de ce club sportif, des planeurs « Bois et Toile » (devenus depuis planeurs de collection) aux planeurs les plus modernes construits en matériaux composites.
En 2006, dans le cadre de la LOI n° 2004-809 du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales, le terrain a été confié au Syndicat Intercommunal de Gestion de l’Aérodrome de Loisirs (SIGAL) qui, après en avoir été le gestionnaire, en est devenu propriétaire le 1er janvier 2006. Lors du projet de « réinvention de l’Aérodrome » mené par le SIGAL de 2014 à 2017, la refonte complète des installations aéronautiques existantes a nécessité la destruction de cet équipement sportif, une réhabilitation ou un démontage, envisagés un moment, n’ayant pas trouvés leur budget.
Ainsi a disparu, en une matinée, après près d’un siècle de bons et loyaux services, un bâtiment « lillois » marqueur d’une époque où les moteurs chantaient « Liberté ».
Nota : De la verrière de la Chambre de commerce à Lille au pont d’Onitsha au Nigeria, l’entreprise lilloise Paindavoine a réalisé bien des installations sur plusieurs continents. »
Les établissements Paindavoine
Note de 2A : Les établissements Paindavoine sont des constructeurs métallurgiques Lillois depuis 1860. Leur spécialité est la construction de charpentes de toutes dimensions dont des hangars. Dans les notices de cette entreprise, que nous avons trouvé aux Archives du Monde du Travail à Roubaix (ANMT), nous avons pu remarquer une image de hangar ressemblant à celui du hangar dit Américain. C’est cette inflexion dans la double pente de toiture, ainsi que l’analyse de la charpente métallique qui nous permettent d’affirmer que le hangar de Lille – Ronchin est bien de type américain.
Référence ANMT du dossier Paindavoine n° 0965 Commande 55-197. – Base aérienne de Blida (Algérie), hangar d’aviation : 5 plans (1955).

Le hangar en 2015, avant sa déconstruction
(NOTA : voir à ce sujet la modélisation 3D du hangar) :

