Par Guilhem Labeeuw, 2025
Les premiers hangars métalliques allemands sur le terrain de “Freskaty”
Le cas de Metz est un peu atypique du fait qu’une partie des hangars préexistaient avant la Première Guerre mondiale, lors de la création par les Allemands de la station d’aviation de “Freskaty” en 1912. L’appellation “dommages de guerre” pourrait donc paraître anachronique si on l’appliquait à ces hangars construits avant l’Armistice. Une enquête s’impose donc…
Trois hangars métalliques, que l’on pourrait ranger en première approche dans ce type “Dommages de guerre” ont donc d’abord été construits sur le terrain allemand de Metz – Frescaty au cours du milieu des années 1910. Les archives allemandes (fond PH_19_99) les identifient vers 1913 sur un plan schématique :

Une autre archive (PH_19_107) précise que le 7 juillet 1913, le hangar à avions II a été réceptionné et mis en service. Quelques photos d’époques nous permettent de mieux identifier leurs caractéristiques : ces trois hangars se distinguent par rapport au type “dommages de guerre” par les différences suivantes :
- la courbe de la toiture du hangar I indique que la charpente n’était pas droite, même si la pente globale est similaire.
- les hangar II et III adoptent au final une toiture à deux pentes, peu prononcées, avec un auvent au droit des portes caractéristiques. Les portes sont différentes et se débattent à l’extérieur sur le terrain, une disposition assez atypique
- la longueur des 3 hangars I, II et III est bien supérieure au standard de 66m, près de 120 m au total.



Les hangars II et III, avec leur toiture à deux pentes et leurs portes à ouverture perpendiculaire à la façade sont d’une typologie différente. L’étude de la documentation technique allemande sur les structures métalliques nous amènent à formuler l’hypothèse d’un rattachement à un type de hangar qui aurait été monté en 1918 sur le terrain allemand de Plauen i. V. , toujours par les entreprises Gollnow et fils (cf. article général). Ce rattachement, postérieur vu l’installation de ces hangars II et III vers les années 1914, se fait à partir des coupes types des charpentes et de la description qui en est faite dans la revue Stahlbau : ” Elle se compose de quatre éléments principaux de 22,08 m de longueur et de 22,13 m de profondeur pour une longueur totale de 88,18 m. et une hauteur libre de portail de 4,7 m. Les poutres principales sont également des poutres articulées à trois articulations, mais elles ont leur plus grande hauteur au centre et des toits à mansarde à l’avant et à l’arrière. Ces derniers sont partiellement aménagés en verrières. La surface de base de celle-ci est d’environ 140 m², la surface vitrée dans les pignons et le mur arrière est de 120 m², la surface lumineuse représente donc environ 13,52 % de la surface de plancher du hall. Comme portes, des portes pliantes selon le système « Kelle & Hildebrandt » ont été utilisées (NOTA : il n’est pas prouvé que les hangars de Metz avaient ce même type de porte). Les murs sont construits en maçonnerie, mais des poteaux en fer ont été placés dans les murs arrière pour soutenir les poutres “

En première approche, on considère donc que ces 3 hangars sortent du type “dommages de guerre” ou qu’ils en constituent des variantes primitives relativement éloignées.
Les hangars type Dommages de guerre montés à Metz – Frescaty
Après l’Armistice, les français s’approprient la plate-forme de Frescaty. Le 11ème régiment d’aviation est implanté sur la plate-forme et reprend les missions d’observation et de bombardement qui étaient les siennes au cours de la guerre. Le séjour du 11ème régiment correspond à l’une des phases les plus importantes de développement de la base : un effort sérieux est réalisé au niveau de l’aménagement des infrastructures pour une meilleure adaptation à l’évolution du matériel : les hangars à avions et logements se multiplient donnant au terrain un authentique profil aéronautique. En 1922, devant le nombre des équipages, est créée une nouvelle zone d’implantation sur la route Aulny-Metz.
C’est durant cette année de 1922 que sont remontés une dizaine de hangars (en bleu sur le plan), comme le mentionnent les nombreuses consultations du Moniteur des Travaux publics de l’époque. Ces hangars, dont la provenance allemande n’est pas à ce jour connue (stock de production ou démontage d’un autre terrain allemand) viennent s’ajouter aux hangars I et II toujours existants. Il semble que le hangar III ait été déconstruit et remplacé par deux hangars supplémentaires type dommages de guerre.
Cela porte à 12 le nombre de hangars type dommages de guerre sur ce terrain.

Ce qu’il en reste en 2025
Il ne reste rien des hangars allemands de la période 1913-1914, tous détruits en 1944. Une partie des hangars type dommages de guerre seront également fortement endommagés, voire complètement détruits, comme les hangars en béton Laffaille.
Sur les 12 hangars de type dommages de guerre, il en reste encore 7 : 5 du côté de la caserne Richet et 2 côté fort Privat. La plupart ont été modifiés et ont perdu leur vocation aéronautique relativement tôt. Il semble également d’après les photos d’après guerre que sur les 5 hangars côté caserne Richet, il n’en restait que 4. Un cinquième a pu reconstruit ou remonté à partir d’un autre terrain.


Sources :
- Revue Der Stahlbau 1928
- archives bundesarchiv
- PDA ex Base aérienne 128
- site http://albindenis.free.fr/