René Lemaire
Biographie rédigée G. Labeeuw pour le livre Les ingénieurs des Bases aériennes, Tome 1 : 80 ans de services civils et militaire ; collection mémoire de l’aviation civile, décembre 2021

LEMAIRE René
Né le 17 avril 1902 à Monthermé (Ardennes)
Décédé le 5 octobre 2002 à Versailles
Promotion X1921 – P&C 1924-26
René Lemaire entre à l’école polytechnique en 1921 et en sort 9ème puis intègre l’école des ponts et chaussées en 1924.
à sa sortie d’école, René Lemaire effectue des missions en 1925 pour le Service ordinaire de Saône-et-Loire et en 1926 pour le Service maritime de Loire-inférieure à Saint-Nazaire.
Placé au Service du canal du Nord le 1er octobre 1926.
Placé en service ordinaire à Ajaccio en février 1927 où il reste un peu moins de deux ans.
Ses débuts au service de l’Aviation
Le 4 septembre 1928, René Lemaire est détaché aux Travaux de la Navigation aérienne, sans doute par son amitié avec le ministre de l’air Laurent-Eynac. Puis au Service des bases de la région Est.
à partir de 1930, il donne des cours de résistance des matériaux, comme l’ingénieur Aimond, à l’école nationale supérieure de l’Aéronautique issue de la nationalisation de l’école supérieure d’aéronautique et de construction mécanique sous l’impulsion d’Albert Caquot et du ministre de l’air Laurent-Eynac.
Nommé Ingénieur de 2ème classe le 1er juillet 1931.
Du Service des bases à la Direction des travaux et installations
1932 : Lemaire, alors rattaché au Service des bases aériennes, dirigé par l’ingénieur des ponts et chaussées René Garbe, participe au projet de construction des nouveaux locaux de l’école nationale supérieure de l’aéronautique, boulevard Victor, à Paris dont l’inauguration a lieu le 17 décembre.
1933-1934 : Lemaire assure, pour le compte du Service des bases, la direction générale du projet de construction du hangar triple en béton armé pour la base d’aéronautique maritime de Berre.
Le Service des bases du ministère de l’air disparaît fin 1933 au profit d’une Section centrale des travaux et installations, sous la pression des autorités militaires de l’Armée de terre. René Lemaire le vit comme une rétrogradation de son service et refuse de continuer à ce poste. Cette section devient début 1934 le service central des travaux et installations, dirigé désormais par Daniel Haguenau.
Les problématiques de l’aménagement aéronautique de la région parisienne
En 1936, des archives du dossier d’aménagement aéronautique de la région parisienne témoignent de son retour au sein du Service central des travaux et installations dont le chef est alors l’ingénieur en chef des ponts et chaussées Daniel Haguenau. René Lemaire est alors chef du 3ème bureau de ce service, dédié à l’aéronautique civile.
Le ministère de l’air, poussé par les sollicitations des compagnies aériennes et des constructeurs, avait en effet chargé ses services de trouver une possibilité d’escales pour hydravions près de Paris ainsi qu’un site permettant l’accueil de vols transatlantiques.
à cette époque, les vols transatlantiques par hydravions nourrissaient beaucoup d’attentes et les études d’hydrobases en région parisienne ont débouché sur le site de Corbeil-en-Essonne en 1937. Particulièrement intéressé par les problématiques du transport à longue distance et de ses conséquences sur l’infrastructure, René Lemaire a pris cet important dossier en main et en assurera un suivi jusqu’à la fin de la guerre malgré les nombreux écueils que ce dossier a connu en raison de la guerre.
Nommé ingénieur de 1ère classe le 1er juillet 1936.
1937 : pilote des corps techniques du ministère de l’air. à la fin de sa vie, René Lemaire compte plus de 2700 heures de vol.
1937 : Au sein du Service devenu Direction des travaux et installations du ministère de l’air (DTIA), il intervient en juillet comme expert pour le ministère de l’air dans le cadre des négociations franco-suisse pour la création d’un aéroport de Bâle-Mulhouse, un dossier s’annonçant particulièrement complexe.
1938 : René Lemaire est fait chevalier de la Légion d’honneur le 24 décembre.
La période 1939-1945
René Lemaire reste au service de l’infrastructure, au sein de la DTIA jusqu’en juin 1940, au moment où les derniers agents du service sont contraints de quitter le bastion 68, après les bombardements des usines Renault à proximité. Désormais à Vichy, à hôtel Radio où s’était installé le ministère de l’air devenu le Secrétariat d’état à l’aviation à compter du 12 juillet 1940, René Lemaire est chargé de reprendre la DTIA devenue le Service de l’infrastructure.
Chef d’un service disposant de plusieurs dépôts et annexes, comme celui de Varennes-sur-Allier, René Lemaire, s’étant rallié au général de Gaulle à titre personnel, comme bon nombre de ses collaborateurs, s’efforce de prendre toutes les mesures possibles pour préserver les infrastructures aéronautiques situées dans la zone libre et les remettre en état lorsque la situation sera plus favorable.
1942 : le 8 juin, il est nommé directeur de l’infrastructure du Secrétariat d’état à l’aviation. Quelques jours plus tard, il est arrêté une première fois par la Gestapo à Mont-de-Marsan pour espionnage.
Libéré, il reprend son poste de directeur de l’Infrastructure à Vichy mais l’occupation totale la France à partir du 11 novembre rend sa tâche plus difficile.
Le 1er décembre 1942, il est nommé Ingénieur en chef de 2ème classe.
1943 : En janver, René Lemaire propose de réorganiser la Direction de l’infrastructure avec un échelon à Paris et un échelon à Vichy. En mars, le Secrétariat d’état à l’aviation est remplacé par le Secrétariat général à la défense aérienne. Durant cette période, basé à l’échelon de Paris, Lemaire reprend les dossiers sur la création d’un aéroport international parisien et participe activement à la définition du cahier des charges de l’hydrobase de Paris-Corbeil.
En juillet 1943, René Lemaire informe les ingénieurs en chef des ponts et chaussées des services locaux d’infrastructure de la politique en matière d’infrastructure à développer pour préparer le pays à satisfaire les besoins du trafic aérien après la guerre. La note de la Direction de l’infrastructure invite les services des ponts et chaussées à documenter l’existant, recenser les emplacements possibles d’aérodromes et à ébaucher un plan d’équipement aéronautique du département.
Le 30 décembre 1943, René Lemaire est arrêté à Vichy alors qu’il venait prendre des nouvelles de ses collaborateurs. Il est incarcéré pendant plusieurs mois à Vichy, Moulins puis Fresnes, dont il finit par s’évader en août 1944 profitant de la panique des geôliers à l’approche des troupes alliées.
L’après guerre et l’inspection générale
à la libération, René Lemaire retourne au ministère de l’air. En mars 1945, il assiste au Congrès national de l’aviation, section infrastructure en tant que Directeur honoraire de l’infrastructure.
Nommé Inspecteur général de 2ème classe le 15 août 1945, du cadre spécial des Bases aériennes. Lemaire est envoyé en mission pour relancer le dossier de l’aéroport de Bâle-Mulhouse.
Il est désormais Vice-président du Conseil supérieur des travaux de l’air qui deviendra le Conseil supérieur de l’infrastructure et de la navigation aériennes dont il deviendra président et le restera jusqu’en 1971.
Lemaire est nommé, sur demande du ministre Jules Moch, Directeur des bases aériennes. Il le reste quelques mois jusqu’à la constitution effective du secrétariat général à l’aviation civile et commerciale (SGACC), créé fin 1945 mais dont les attributions mirent presque un an à être définies par décret. Pierre Cazes le remplace à la tête de la DBA en juin 1946.
Janvier 1946 : Des archives attestent de sa fonction de Directeur du génie de l’air.
En août 1946, le ministre des travaux publics et des transports Jules Moch lui confie la réalisation d’un plan quinquennal d’équipement aéronautique de la France et de l’Union française.
Pour ce faire, Lemaire bénéficie d’études antérieures pour un plan d’équipement à 10 ans commencées en 1941 et reprises en juillet 1943, études dont il avait à l’époque supervisé le pilotage. En parallèle, il mène des réflexions sur la conception même des aérodromes et leurs infrastructures, qui donnent lieu à des publications et des conférences durant l’année 1947.
Ce travail débouche sur la publication d’une Instruction sur l’aménagement des bases et routes aériennes (IBRA) le 5 mars 1948, rassemblant pour la première fois les règles fondamentales nécessaires à la construction, l’entretien et à l’exploitation commerciale des aérodromes et de leurs infrastructures.
6 février 1948 : Officier de la Légion d’honneur.
1949 : Pilote à l’annexe du centre d’essais en vol à villacoublay.
Secrétaire général à l’aviation civile et commerciale de 1951 à 1956.
Avec déjà 23 ans passés au service de l’aviation, René Lemaire est nommé Secrétaire général à l’aviation civile et commerciale (SGACC) le 20 février 1951, en remplacement de Fernand Hederer.
Nommé inspecteur général des Ponts et Chaussées de 2ème classe le 1er juin 1951
C’est à peine arrivé à la tête du SGACC que René Lemaire lance le programme de construction d’un avion de type moyen-courrier en prenant la présidence d’un comité chargé d’en définir les spécifications en octobre 1951. Sur les 4 projets présentés, deux sont appelés à poursuivre leurs études, et c’est finalement le projet de la SNCASE « SE210 » qui sera retenu en février 1954, prenant le nom de Caravelle. Premier bi-réacteur civil au monde produit en série, il ouvre la voie à une nouvelle génération d’avions et connaîtra une renommée certaine.
1954 : Commandeur de la Légion d’honneur le 16 septembre
30 juin 1956 : Sur fond de réforme du SGACC, René Lemaire est invité à démissionner. Il est remplacé par Paul Moroni.
Nommé secrétaire général honoraire le 20 juillet 1956, chargé de l’Inspection générale de l’aviation civile, jusqu’en 1974.
René Lemaire et Air Inter
1956 : René Lemaire est pressenti pour présidder la nouvelle société air inter, chargée de l’exploitation de transports aériens intérieurs.
1957 : Président du Conseil d’administration de la société d’études d’Air inter.
1958 : Une première tentative d’exploitation commerciale d’Air inter est lancée sous la présidence de René Lemaire. En mars, le premier vol commercial sur un DC-3 affrété au SGACC est effectué entre Paris et Strasbourg. Lemaire restera président d’Air inter jusqu’en 1959.
1963 : René Lemaire préside une commission permanente auprès du SGACC pour proposer les dispositions qui s’avéreraient utiles en cas de mise en service des avions supersoniques.
De 1970 à 1974, René Lemaire est président du Conseil d’administration de l’ENAC à toulouse, lui qui avait présenté en 1948 le projet de décret de création de cette école alors située à Orly.
en 1976, il est élevé à la dignité de Grand-Croix de l’Ordre national du mérite.