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1.2 Hangars "Type"

“Leinekugel Le Cocq”/ Cherbourg – Chantereyne

Hangar métallique à toiture suspendue Leinekugel Le Cocq à Cherbourg – Chantereyne

Par G. Labeeuw

Vue du hangar Leinekugel Le Cocq quasiment achevé (sans les appentis latéraux) en 1921. Source : Le Génie Civil, mars 1921
Localisation du hangar Leinekugel Le Cocq sur fond de plan de la base de Cherbourg – Chantereyne vers 1936. Source du fond de plan : SHD via Inventaire Région Normandie n° IVR25_20105000001NUC2A / photo. M. de Rugy
Type & description

Hangar inventé par Gaston Leinekugel Le Cocq à une seule travée. cf page du type

Le site de Chantereyne, établi en 1917 pour l’hydraviation va devenir une base principale d’aéronautique maritime en 1930 puis la base d’aéronautique navale (BAN) de Cherbourg – Chantereyne le 6 avril 1937. Sur cette base, vont être construits les deux principaux types de hangars métalliques à toiture suspendue : un Leinekugel Le Cocq, qui sera dénommé hangar n°3 “Dutemple” et deux Arnodins.

Description générale : Hangar à charpente métallique suspendue au moyen de poteaux et câbles métalliques. Il comporte une seule nef, sans poteau intérieur, totalisant près de 1920 m² de surface couverte.

Coupe longitudinale du hangar Leinekugel de Cherbourg - Chantereyne
Elévation longitudinale schématique du hangar Leinekugel de Cherbourg – Chantereyne. Source : Le Génie Civil, mars 1921

Dimensions :

  • longueur : 60 m entre les axes des poteaux, 63 m au total. Hors appentis extérieurs qui mesurent 9,5 m
  • largeur : 32 m
  • hauteur libre : 8 m
  • hauteur au faîtage : ~ 15 m

Particularités : 

  • Les portes, situées sur les deux long-pans du hangar, sont constituées de panneaux roulants au sol de 6 m de large et guidés en partie haute via un dispositif permettant l’absorption de différences de niveau que Leinekugel Le Cocq fera breveter en 1922
  • La couverture est constituées de tuiles en ciment armé de type Minard (comme les hangars Lossier du Bourget ou le hangar d’Ecausseville) pesant 70 kg/m² alternant avec des bandes vitrées
Construction

Initialement en cours de construction sur l’esplanade Guynemer au Havre, la construction fut interrompue lors de l’armistice de 1918 et le hangar fut repris pour le centre d’hydravions de Cherbourg et sera achevé vers 1920.

Sa conception se distingue par deux qualités majeures :

  • Démontabilité et transportabilité : tous les éléments peuvent être déplacés sans perte de matériaux.
  • Évolutivité : l’ouverture du hangar peut être augmentée ultérieurement par l’ajout d’éléments supplémentaires, sans remplacement des structures existantes.

Ces performances sont rendues possibles grâce à l’utilisation d’une part d’assemblages articulés pour les montants, poutres et éléments de toiture et d’autre part de fermes de suspension isostatiques en câbles continus, pouvant être prolongées pour accroître la portée de l’ouvrage.

Le hangar est constitué de trois ensembles principaux :

  • les pylônes, bielles et systèmes de suspension
  • la toiture et son revêtement
  • les portes roulantes

Les pylônes sont réalisés sous forme de fuseaux métalliques composés de cornières d’acier assemblées en treillis et reposant sur des rotules de 90 mm de diamètre, permettant une meilleure répartition des efforts. Il sont répartis aux quatre coins de la nef. Après leur assemblage au sol, ils sont dressés, haubanés et maintenus par des étais. Les câbles de retenue sont ensuite fixés à leurs sommets en prévoyant les futurs allongements élastiques dus au poids de la structure.

Pour installer la suspension, les sommets des pylônes opposés sont reliés par des câbles horizontaux temporaires servant de porteurs aériens. Des chariots circulant sur ces câbles soulèvent les fermes de suspension en câbles, préalablement assemblées au sol, puis leurs extrémités sont fixées aux pylônes par des étriers réglables. Une fois les palans relâchés, les fermes prennent naturellement leur forme calculée sous l’effet de la gravité.

Chaque ferme de suspension est constituée de :

  • deux câbles supérieurs à 127 fils de 3,8 mm ;
  • deux câbles inférieurs identiques ;
  • une section de 1 440 mm² par câble principal.

Après l’installation des câbles de suspension, la toiture est assemblée par groupe de 3 fermes transversales espacées de 6 m, reliées aux poutres longitudinales (au dessus des portes) ainsi qu’à des poutres transversales situées à l’intérieur du hangar.

Les fermes transversales, à trois articulations, sont constituées d’arbalétriers renforcés par des barres ou des câbles sous-tendeurs (les câbles étant plus économiques pour les grandes portées) et d’entraits également en câbles.

Les poutres longitudinales servent de support aux galets des portes d’un côté et aux articulations des montants de l’autre.

Les poutres transversales, soutenues en plusieurs points par des câbles reliés aux fermes, peuvent recevoir des rails équipés de palans électriques ou manuels permettant de lever des charges de 500 à 1 000 kg, notamment pour le remplacement de moteurs d’hydravions.

Le hangar durant ses différentes phases de construction. Source : Le Génie Civil, mars 1921

Selon les services de l’Inventaire général de la Région Normandie, le constructeur est la société Dutemple (dont le hangar porte le nom sur les plans) sur la base d’une conception de Leinekugel Le Cocq. Il s’agit de la société des chantiers et ateliers du Temple, basée à Cherbourg, qui faisait partie de la Société Normande de Constructions Navales connue pour avoir utilisé le système Leinekugel via les chantiers navals à Harfleur.

Par ailleurs, dans le bulletin la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale de mai 1922, Gaston Leinekugel Le Cocq indique que ce hangar a été construit et monté par la Société des Ateliers et Chantiers de la Gironde, qui a finalement fusionné en 1921 avec la Société Normande de Constructions Navales qui travaillait avec les chantiers navals à Harfleur.

Source : comité central des houillères de France, janvier 1921 via Gallica
Etat actuel

Détruit durant la WW2.

Le hangar Leinekugel Le Cocq de Cherbourg détruit. On distingue encore 3 des 4 poteaux aux angles du hangar. Source : archives US
Illustrations

Peu de photos de ce hangar détruit lors de la WW2 ont été retrouvées, en dehors des photos de sa construction.

Le hangar Leinekugel de Cherbourg – Chantereyne. Source : Archives US
Sources
  • [1] Leinekugel Le Cocq, Didier (2010) : Ingénieur des ponts. L’histoire de l’entreprise Arnodin – Leinekugel Le Cocq de 1872 à 2002. Editions La Vie du Rail, Paris
  • Dumont Marie-Jeanne, L’architecture de l’aéronautique en France 1900-1940, ministère de la culture (non publié), 1988.
  • Constructions métalliques : L’application des câbles à la construction d’ateliers et de hangars pour avions ou dirigeables, à toiture suspendue,  pp205-211, Le Génie civil, n° 2012, 5 mars 1921
  • Bulletin de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale, mai 1922 (via CNAM)
  • Région Normandie – Inventaire général