
Meaux – Esbly : à la recherche du hangar Estiot
par G.Labeeuw
Les informations sont issues d’un dossier d’archives domaniales datant des 1936 à 1941 et conservées à la DGAC
Historique
L’aérodrome de Meaux – Esbly a été créé en 1935 à l’initiative d’Henri Mignet, sur la commune d’Isles-lès-Villenoy au nord d’Esbly, puis agrandi en 36 pour les besoins de l’armée de l’Air. Mignet disposait sur ce terrain d’un petit hangar atelier qui existe toujours de nos jours. L’installation d’un autre hangar sur cet aérodrome a pour origine une décision du 14 septembre 1936 du Service Central des Travaux et installations du ministère de l’Air, service dirigé à l’époque par l’ingénieur des Ponts et Chaussées Daniel Haguenau. Au sein de ce service, le dossier est suivi par le 3ème Bureau, en charge des travaux et installations de l’aéronautique civile, dirigé par un autre ingénieur des Ponts et Chaussées, René Lemaire et dans lequel travaille également Robert Courthéoux. Ce bureau produit un plan d’implantation des installations civiles en annexe à la décision du 14 septembre. Ce hangar est donc prévu dès le début pour une utilisation au service de l’aéronautique civile, bien qu’installé sur un terrain militaire.

Etudes d’implantation
A la suite de cette décision, c’est le service local du Génie, la chefferie de Vincennes du Génie de Paris, qui est chargé en novembre 1936 des études détaillées d’implantation du hangar, dont les dimensions prévues étaient de 30 m x 20 m, avec possibilité d’agrandissement à 30 m x 30 m. L’implantation prévue alors se situait au nord de l’atelier-garage de l’aéroclub de Meaux et du terrain d’Henri Mignet. Sur le plan de 1936, on distingue la possibilité d’un second hangar aligné à l’est sur le front d’envol du terrain.
Mais l’emplacement initialement retenu posait problème en raison d’un futur poste à essence prévu également à proximité immédiate et a dû être revu au cours de l’été 1937, pour être arrêté dans une zone à l’extrémité nord de la plateforme. Alors même que l’appel d’offres est lancé, les entreprises vont devoir rechiffrer sur la base d’un nouvel emplacement, plus à l’est des installations existantes.

L’ appel d’offres
Le dossier d’archives comporte le programme auquel doivent répondre les pétitionnaires : ce dernier est relativement succinct (1 page) et comporte les principales caractéristiques à respecter :
- ouverture : 30 m sans poteau intermédiaire
- profondeur : 20 m, pouvant être agrandi à 25 puis 30 m
- hauteur libre sous entrait : 6 m
- charpente : métallique, protégée par un traitement en peinture 2 couches dont une réalisée obligatoirement en usine
- garnitures : tôles galvanisées épaisseur 6/10ème sur les trois faces
- portes : devant permettre une ouverture totale avec une marge latérale de 1 m maximum. L’ouverture peut se faire via un rangement intérieur le long des longs-pans soit de part et d’autre de l’entrée à condition de ne pas trop déborder pour permettre la mise en place ultérieure d’appentis. Le système de porte doit pouvoir être facilement manœuvrable par un seul homme.
- éclairage naturel : sur les longs-pans et le pignon arrière (pas de verrière demandée)
Le programme ne donnait à l’époque aucune indication de marque ou de fabriquant mais il est néanmoins rédigé de sorte à répondre à des modèles déjà éprouvés sur des terrains similaires. L’appel d’offres visait donc des constructeurs spécialisés, avec un lot pour le hangar de Meaux et un autre pour un hangar identique à l’aérodrome de Coulommiers. Le programme prévoyait en outre un délai de réalisation de 3 mois.
Trois entreprises ont remis une première offre fin décembre 1936 :
- La maison S. Estiot et Cie, à Dijon (21)
- Les ateliers Gilon, Bayet et Chasles, à Paris XV (75), probablement avec la société métallurgique d’Hautmont, à Hautmont (59)
- Les ateliers de constructions métalliques de Fismes, à Fismes (51)
L’ entreprise Estiot retenue
A l’issue de l’analyse de ces premières offres, la société Estiot a été considérée comme attributaire des deux lots de constructions de hangars, par une décision ministérielle du 22 avril 1937. Néanmoins, au vu du délai entre l’offre du 28 décembre et la date d’attribution, une deuxième offre a été sollicitée auprès des 3 entreprises pour tenir compte des évolutions récentes des prix. A l’issue de cette deuxième consultation, le marché a été passé le 19 mai 1937 avec la société S. Estiot et Cie.

Le dossier d’archives ne contient que l’offre technique de l’entreprise Estiot, ce qui ne permet pas de savoir quelles étaient les différences techniques des deux autres candidats. Cependant, l’offre technique d’Estiot, comprenant notes de calcul, plans généraux et plans de détail et de fondations, apporte une réelle connaissance sur cette typologie de structures. A l’époque de la 1ère soumission en de décembre 1936, Estiot affirmait avoir déjà construit 27 hangars de ce type.
La description du hangar telle que fournie dans le devis de l’entreprise Estiot correspond en tout point aux exigences du programme. La version du hangar est dénommée Standard n°3 D version 4, une version qui a été déjà réalisée sur les aérodromes de Besançon, Gap, Vannes, Landes-de-Bussac, Lons-le-Saunier, Brest, Castres, Dax, Morlaix, et Châlons-sur-Saône.

Dimensions et caractéristiques : cf . Page Type Estiot
Les travaux
Les travaux de construction commencèrent par les fouilles de fondation mais l’installation d’un poste à essence sur l’emplacement initialement étudié par la chefferie du Génie alla vite poser problème.
Un nouvel emplacement fut alors étudié par le Génie, à 50 m environ au nord, emplacement qui, le 4 août 1937 reçut l’approbation du Général Keller, membre du Conseil supérieur de l’air et commandant la 2ème Région aérienne. Un avenant aux marchés de travaux fut passé le 6 août avec l’entreprise, qui dut alors recommencer l’implantation du hangar et les fouilles correspondantes.
Le hangar fut terminé le 15 novembre 1937.
Usage
Si l’utilisation civile de ce hangar est établie dès son origine, il est également probable que son usage ait bénéficié à la Section d’Aviation Populaire, créée en 1937 et intégrée à l’aéroclub de Meaux.
Puis, sans doute, ce hangar accueillera le groupe de chasse de nuit (GCN) I/13 en août 1939.
Démonté ou détruit après guerre ?
Les photos aériennes de 1947 montre que le hangar Estiot a été soit démonté soit détruit. On distingue d’ailleurs une charpente de hangar en cours de montage, charpente qui pourrait bien correspondre à un Estiot rallongé (30 m de profondeur)
Il reste encore à découvrir si les hangars actuels de l’aéroclub proviennent de remontages de hangars Estiot… Après vérification auprès de Philippe Lamy, Président de l’Aéronautique-Club de France (ACDF), les deux hangars montés après guerre ne correspondent pas au type Estiot.

Sources
- archives du SSBA Ile-de-France (DGAC/SNIA)
- Archives des anciens de la Section d’Aviation Populaire de Meaux