Simon Boussiron
Biographie rédigée par G. Labeeuw

BOUSSIRON Simon
Né le 11 avril 1873 à Perpignan.
Décédé le 25 décembre 1958. Commandeur de la Légion d’Honneur en 1934.
Formation
Sorti diplômé à tout juste 18 ans de l’École d’Arts et Métiers d’Aix-en-Provence en 1891, il débute dans la vie professionnelle en tant qu’ouvrier ajusteur aux Aciéries de la Marine à Saint-Chamond (1891-1892), puis rejoint les Fonderies de Chartres en tant que dessinateur (1892-1893) et finit par travailler pour le bureau d’études des Établissements Eiffel à Levallois-Perret de 1893 à 1896. Il enchaîne ensuite en tant qu’ingénieur en chef des études à la Société de constructions métalliques vasco-belge (1896-1898), puis rejoint la Société pour les constructions en ciment armé en tant qu’associé d’A. Mollet (1898-1899) et y dépose un brevet.
Un intérêt naissant pour un matériau nouveau : le ciment armé
Cette première expérience très orientée en mécanique et charpente métallique lui permet néanmoins de faire la connaissance d’un matériau relativement récent : le ciment armé, dont il entrevoit les perspectives lors de son passage à la Société pour les constructions en ciment armé. François Coignet avait été l’un des inventeurs du ciment armé, comme on l’appelait dans cette deuxième moitié du 19ème siècle, mais il fallut attendre les années 1890 et la décennie suivante pour que ce matériau, que l’on appellera ensuite le béton armé, atteigne l’essor industriel que l’on connaît, grâce aux travaux d’ingénieurs des Ponts et Chaussées (Considère, Rabut et Mesnager…) ou ceux des industriels comme Hennebique, Coignet, Piketty…
1899 : Boussiron fonde sa propre entreprise
Simon Boussiron saisit cette opportunité pour rejoindre le rang des industriels désireux de se spécialiser dans ce matériau et le 1er mai 1899, fonde sa propre entreprise avec un autre ingénieur des Arts et Métiers, Antoine Garic : Simon & Garic. Il reprend à son compte le brevet de ciment armé Boussiron déposé à l’époque avec son associé A. Mollet. Il réalise un premier ouvrage d’art dans sa ville natale ainsi que des planchers en béton armé, comme ceux de la caserne Niel à Toulouse, sous le contrôle du Génie. Il s’intéresse de plus en plus au béton armé, technique dans laquelle il place de grandes espérances. En 1900, Simon Boussiron publie un article présentant les formules générales de compression et de flexion du béton armé.
S’en suite une période de forte activité entrepreneuriale, avec des changements de dénomination (Boussiron & Garic) et des nouvelles associations dans des sociétés de terrassements (Jaujard & Boussiron). Les sociétés de Chemins de fer vont jouer un rôle important au début du siècle dans les projets de Boussiron : A partir de 1901, Boussiron remporte des concours pour des passages supérieurs des Chemins de fer de l’Est et de l’Ouest. Ce contact avec ces maîtres d’ouvrage et leurs préoccupations liées aux coûts d’entretien des couvertures métalliques des halles ferroviaires vont l’amener à se pencher sur le sujet des voûtes en béton armé.
Les premières couvertures en voûtes minces
En 1906, alors qu’il construit les premières couvertures en voûte mince pour les ouvrages ferroviaires, Boussiron met fin à la collaboration avec Garic. La même année, Boussiron dépose un brevet pour “l’articulation des arcs en béton ou en maçonnerie” et achève la couverture en voûtes minces à trois articulations du canal Saint-Martin à Paris. Quatre années plus tard, en 1910, Boussiron réalise à la gare de Bercy, la couverture des quais 8 et 9 avec des voûtes minces en béton percées de lanterneaux de 4 m de large. Cette innovation fera date dans l’histoire du béton armé. Puis en 1912, ce sont les voûtes de 28 m de portée de la remise des Batignolles et en 1912-14, celles de 30 m de portée aux Ateliers de la Garenne-Bezons. Le nombre de brevets déposés durant cette décennie démontre la capacité d’innovation de Simon Boussiron, toujours à la recherche de solutions de couvertures minces en béton armé toujours plus performantes et audacieuses.
La période 14-18
Mobilisé de 1914 à 1915 au 126 régiment d’infanterie territoriale (Garnison de Perpignan), il est mis en sursis en 1916 et va s’occuper du chantier de construction des 175 000 m² de couvertures à l’Arsenal de Roanne en 10 mois, puis des ateliers à Nevers pour les Américains (vraisemblablement ceux de Varennes – Vauzelles) ainsi que d’autres installations pour les besoins de la Guerre.
L’entre-deux-guerres
En 1923, il engage au sein de son bureau d’études le jeune ingénieur Nicolas Esquillan (également Arts et Métiers). Cette recrue n’est sans doute pas sans lien avec le développement d’un marché nouveau que Simon Boussiron entend conquérir : les hangars d’aviation. La période qui suit immédiatement la Première Guerre mondiale ne donne pas lieu à des reconstructions massives d’infrastructures aéronautiques, d’autant que les contrats américains et autres dommages de guerre vont apporter bon nombre de hangars métalliques. Mais un besoin de grande portée, liée à l’augmentation rapide des envergures des avions, va rapidement conduire certains ports aériens (Dungy – Le Bourget) et services techniques aéronautiques comme à Villacoublay à faire confiance aux solutions en béton armé. Si Freyssinet a été précurseur avec ses hangars voutes (Avord, Istres…), Boussiron n’a sans doute pas été indifférent aux réalisations de hangars à grande portée à Villacoublay, ou de celles de Lossier, d’un tout autre type, avec un systèmes de tuiles en béton (Minard).
1924 – 1939 : 15 ans de réalisations dans le domaine aéroportuaire
La première réalisation de hangars avions par Boussiron remonte à 1924, avec des hangars de 40m de portée à Dugny (en zone militaire, au sud du port aérien du Bourget). Cette première réalisation ouvre plus d’une décennie de réalisations audacieuses dans le domaine aéroportuaire, toutes dépassant les 50 m de portée, en métropole et dans les colonies, totalisant près de 60 000 m² de surfaces couvertes en béton armé.
En 1929, est créée la société anonyme des Établissements Boussiron qui a son siège à Paris, 10, boulevard des Batignolles, dont un des administrateurs est Jacques-Philippe Fougerolle. Jusque-là, Simon Boussiron semble avoir eu un rôle prépondérant dans la conception des ouvrages de son entreprise.

Un dernier projet de hangar avion, initialement envisagé par l’Etat en 1942, ne sera finalement réalisé qu’après guerre, sous la conduite de Nicolas Esquillan : Les hangars doubles de l’aéroport de l’Arc à Marignane, près de Marseille, sont encore remarquables à bien d’autres titres. Les deux voûtes de 100m x 60m, pesant 4200 tonnes chacune, sont construites au sol pour des raisons d’économie, pour ensuite être hissées à 19m en quelques semaines sur des piliers construits en sous-œuvre au fur et à mesure, en une démarche sans précédent.
La transmission
Durant les années 30, l’entreprise n’a pas pour autant délaissé le domaine des ouvrages d’art avec des réalisations importantes à leur actif. Les établissement Boussiron interviennent également dans la construction d’immeubles, d’usines et de silos ou réservoirs.
Simon Boussiron prend sa retraite en 1936 et confie la gestion de l’entreprise à son gendre, Jacques Fougerolle (Centralien), assisté de Charles Pujade-Renaud (Polytechnicien) et de Nicolas Esquillan, alors chef d’études des ouvrages d’art. Esquillan se démarque en 1934 avec une réalisation exemplaire d’ouvrage d’art à la Roche-Guyon, ravissant le record mondial des ponts en béton armé à tablier suspendu à celui de Saint-Pierre-de-Vauvray construit une dizaine d’années plus tôt par Freyssinet. Esquillan devient sous-directeur en 1939 puis directeur technique en 1941. C’est lui qui conduira les travaux des hangars doubles de Marignane de 100m de portée, livrés en 1952 et battant le record mondial de portée pour les couvertures à voile mince. Une filiation certaine avec le projet du CNIT (1958).
Simon Boussiron décède le 25 décembre 1958 à Paris et est inhumé à L’Etang-la-Ville (78).

Réalisations connues dans le domaine aéronautique
- 1924 : hangars de 40 m de portée à Dugny – le Bourget
- 1925-1926 : hangars de 50 m de portée à Bron
- 1925 : hangars de 50 m de portée à Essey-lès-Nancy
- 1926-1929 : hangars de 50 m de portée à Reims (3 hangars doubles et 1 hangar atelier)
- 1928-1929 : hangars triples atelier de 50 m de portée à Villacoublay
- 1928 : hangars de 55 m de portée à Bizerte – Karouba
- 1930 : hangars de 50 m de portée à Marrakech
- 1931 : hangars de 55 m de portée à Bizerte – Sidi Ahmed
- 1931 : hangars triples de 65 m de portée à Bizerte – Karouba
- 1937 : hangars de 75 m de portée à Cherbourg – Chantereine
- 1938 : hangar de 80 m de portée à Marignane pour la SNCASE
- ~ 1939 : hangar atelier à Caen – Carpiquet
- 1949-1953 : hangars doubles de 100 m de portée à Marignane
- et sans doute, d’autres réalisations aéronautiques non encore identifiées et répertoriées à ce jour…

Sources :
- Fougerolle (Jacques). “Entreprise Boussiron, 1899-1949 : cinquante ans de la vie d’une entreprise, cinquante ans de la vie d’un matériau”. Paris : Impr. Draeger, 1949 (exemplaire n°281)
- Architecture de L’aéronautique en France 1900-1940, Marie Jeanne Dumont
- Marrey (Bernard). “Nicolas Esquillan”. Paris: Picard, 1992.
- Barjot (Dominique). Entreprises françaises de construction et structures à grande portée. L’exemple du béton armé. Pâris (Philippe) et Barjot (Dominique) (dir.). Le hangar à dirigeables d’Écausseville. Un centenaire plein d’avenir, Éditions Ouest-France, p. 166-191, 2021
- Barjot (Dominique). Innovation et Travaux Publics en France (1840-1939). Histoire, Économie & Société.
- Barjot (Dominique). La crise des années 1930 et les industries de la construction, dans Le Corbusier 1930‑2020, Tallandier, 2020
- Base Léonore
- www.entreprises-coloniales.fr
- https://www.infociments.fr/betons/histoire-du-beton
- https://archiwebture.citedelarchitecture.fr/archive/fonds/FRAPN02_BOUSI