Nicolas Esquillan
Synthèse biographique réalisée G. Labeeuw

ESQUILLAN Nicolas
Né le 27 août 1902 à Fontainebleau
Décédé le 21 janvier 1989 à Paris
Officier de la Légion d’honneur en mars 1959
Nicolas Esquillan est né le 27 août 1902 à Fontainebleau. Son père, Hugues Esquillan, qui avait appris la menuiserie et l’ébénisterie et entrepris son tour de France pour devenir compagnon, s’arrêta à Fontainebleau et ouvrit un atelier de fabrication de voitures à chevaux, puis automobiles (…). Grâce à une bourse d’Etat, il entra aux Arts-et-Métiers à Châlons en 1919 et en sortit 4e de sa promotion avec une médaille d’argent. Il resta proche du milieu Gadzarts, dans sa vie professionnelle et dans sa vie privée.
Après son service militaire au 61ème régiment d’artillerie à Fontainebleau (cannonnier, EOR,) qu’il termina comme sous-lieutenant artilleur, il était indécis sur son orientation. Le hasard, dit-on, lui fit rencontrer un Gadzarts, ami de Simon Boussiron, lequel avait orienté sa société vers le béton armé et avait écrit un des premiers ouvrages théoriques sur le sujet.
La rencontre en août 1923 entre Boussiron et Esquillan fut concluante et ce dernier rejoignit, à l’âge de 21 ans, la société des établissements Simon Boussiron le 3 septembre 1923. Il devait y consacrer finalement sa vie :
- Ingénieur d’études d’ouvrages d’art de 1923 à 1936
- Chef d’études d’ouvrages d’art de 1936 à 1938
- Sous-Directeur en 1939
- Directeur technique de 1941 à 1970
- Conseiller technique de l’entreprise à partir de 1971 et jusqu’au 31 août 1973
Les débuts dans l’entreprise
Le jeune ingénieur Esquillan s’intégra très rapidement dans ce que les collaborateurs de l’entreprise appelaient ” la famille “. La “patron”, Simon Boussiron, un des pionniers du béton armé, constructeur dans l’âme et travailleur acharné, avait rapidement jaugé la haute valeur du jeune Nicolas Esquillan et s’intéressa rapidement à lui en le faisant travailler dès 1924 les études du pont de la Grippe à Nevers puis d’autres ponts en Afrique du Nord entre 1928 et 1932. Vers 1926, Esquillan tomba gravement malade et dût se mettre au repos à Fontainebleau puis Chamonix. Durant cette période de repos, Simon Boussiron lui confia néanmoins des études et des calculs à vérifier pour maintenir son moral. Il en profita également pour s’intéresser aux publications des ingénieurs allemands sur le béton armé.
Durant la période des années 20, durant laquelle l’entreprise un grand nombre de hangars pour avions sur les terrains d’aviation militaires de Dugny, Reims, Nancy et Villacoublay, on ne trouve à ce jour que très peu d’informations sur la participation d’Esquillan en tant qu’ingénieur d’études à ces projets. Peut-être est-ce lié à sa maladie qui l’a forcé à des périodes de repos entre 1926 et 1930. Mais nul doute qu’Esquillan tira un bénéfice indéniable de ces projets de voûtes minces de 40 à 50 m de portée, qu’il perfectionnera dans les projets des années 30 à Karouba puis à Marignane.
Simon Boussiron se retira vers 1936, laissant la place à Jacques Fougerolle, centralien, entré dans l’entreprise en 1927.
La 2ème partie de carrière à partir du milieu des années 30
Les relations dans cette famille y étaient très étroites, le climat de confiance exceptionnel et comme le dit un collaborateur de toujours Jean François (Ch 1938) : ” Comme patron , Nicolas Esquillan, comme dans toute l’entreprise, faisait confiance. Cette confiance régnait du haut en bas des responsabilités : S. Boussiron, J. Fougerolle, N. Esquillan, J. François, A. Forestier. ” Il est certain que dans un climat comme celui-là, les hommes se sentent à l’aise, prêts à examiner sans crainte les possibilités innovatrices et aussi à prendre des risques. Il est donné comme exemple les voûtes des hangars de Marignane : 2 fois 4200T coulées au sol et élevées à 19m de hauteur en trois semaines. Il faut se sentir sûr de soi mais surtout épaulé dans un climat favorable pour faire ce pari en 1950. Ce climat a aussi favorisé le travail en équipe. Ses prédécesseurs avaient ouvert la voie (Simon Boussiron, Roger Vallette) et leurs successeurs.
Si le contexte de l’entreprise est une condition favorable, elle ne produit pas le talent et ne remplace pas le travail. Le talent, Nicolas Esquillan l’avait par sa curiosité toujours en éveil, abordant les nouveaux sujets en apprenant d’abord, puis en essayant de découvrir le pourquoi et le comment des choses ; il l’avait aussi par sa sensibilité à la beauté , celle des choses réalisées admirées par tous parce qu’on n’imaginait pas qu’elles auraient pu être différentes. Il disait toujours que “plus on fait simple, plus on fait beau et plus on fait beau, plus on fait grand (…)”.
On peut imaginer la quantité de travail que les études, puis toutes les réalisations, ont demandé. Plusieurs exemples ont été donnés : lorsqu’il eut l’intuition que la méthode de calcul utilisée dans l’étude des ouvrages en béton, simpliste car basée sur l’utilisation de coefficients de sécurité importants, était un handicap pour progresser en allégeant, il se replongea dans les mathématiques (…).
Le CNIT : un nouveau record du monde
Parmi les réalisations de Nicolas Esquillan, six ont été des records du monde. Il faut citer en particulier le CNIT à La Défense record mondial des ouvrages en coque mince avec 206 m de portée et où une plaque a été scellée sur le parvis par ses amis le 13/10/1993. Pour certaines d’entre elles, il a assumé aussi le rôle d’architecte, par exemple pour les pylônes de Tancarville. Il disait : ” Dans un esprit de synthèse, je me suis efforcé de combiner, dans la conception, l’art de l’architecte, la science de l’ingénieur, le métier de constructeur “.
Son parcours lui a valu de très nombreuses distinctions, tant françaises qu’internationales . Ces distinctions ont été décernées, soit pour des réalisations remarquables, soit pour la qualité des études théoriques, soit pour son engagement européen en vue d’arriver à une réglementation générale unique (voir encadré).
Ses publications sont nombreuses, une centaine entre 1935 et 1972, articles, rapports ou conférences. Son action ayant été prépondérante dans les deux domaines que sont l’action de la neige et du vent sur les constructions et la conception et le calcul des structures (…).
Toutes ces activités extérieures pourraient faire penser à une personnalité recherchant les honneurs et la médiatisation. Ses proches comme ses amis le décrivent au contraire comme quelqu’un d’assez discret, ni mesquin, ni carriériste. Très accessible, il écoutait et savait se mettre à la portée des gens : ” Il n’était pas fier ” disaient certains. Il était conscient certainement de sa valeur en tant qu’ingénieur mais le laissait peu voir. Sur sa tombe, et à sa demande, il n’y a qu’une seule inscription : ” Ingénieur. ” (…).On peut résumer ce rapide portrait de Nicolas Esquillan par cinq mots : réserve, rigueur, risque, sens du beau, travail.
Il est décédé le 21 janvier 1989 à paris et inhumé au cimetière parisien des Batignolles.
Réalisations dans le domaine aéronautique (avec Boussiron) :
- Esquillan a participé en tant que directeur du bureau d’études, aux études de nombreux hangars avions réalisés par l’entreprise Boussiron même si son nom ne figure pas forcément dans les publications
- Hangar-atelier à Caen – Carpiquet
- Hangars doubles de 100m de portée à Marignane
Sources
- Nicolas Esquillan, Cinquante ans à l’avant-garde du génie civil (1923-1973) – plaquette de 1974
- Marrey (Bernard). “Nicolas Esquillan”. Paris: Picard, 1992.
- https://patrimoine.gadz.org/gadz/esquillan.htm
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Esquillan