LES HANGARS TRIPLES A HYDRAVIONS DE LA BASE MARITIME DE KAROUBA
reproduction de l’article paru dans la revue “Le bâtiment illustré “de décembre 1934
Les hangars construits à Karouba par les Etablissements Boussiron, sont constitués essentiellement par trois travées accolées, couvertes par de grandes voûtes en béton armé dont chacune a une ouverture libre de 65 mètres. Les trois travées offrent un front d’une longueur totale de 197 m. 40 et sont flanquées de deux appentis de 8 mètres de largeur utile ; la largeur totale est ainsi de 213 m. 40 sur une profondeur de 65 mètres et la surface couverte d’un hangar atteint 13 771 m2.
Les voûtes en béton armé de 65 mètres de portée offrent la particularité d’être démunies de tirants. Les poussées dues à la charge permanente et à la surcharge uniforme se neutralisent sur les poteaux intermédiaires. Aux deux retombées extrêmes de chaque nervure, la poussée totale, qui est de 125 tonnes, est équilibrée par une décomposition d’efforts entre une contrefiche inclinée et le poteau du long pan, ce qui peut donner dans les conditions de calcul les plus défavorables une compression de 135 t. 5 dans la contrefiche et un effort de soulèvement de 18 t. 100 dans le poteau. La compression transmise à la contrefiche est équilibrée à la base de celle-ci par la réaction verticale de deux pieux Franki et par la traction d’un tirant enterré.
De cette façon, chacune des trois cellules du groupe forme un immense vaisseau que n’encombre la vue d’aucun tirant, ni d’aucune ferme.
VOUTES
Les voûtes sont caractérisées par leur extrême légèreté. Leur ossature est constituée par des arcs en béton armé distants de 5 mètres, d’une épaisseur constante de 27 cm et dont la hauteur varie de 50 cm aux naissances à 76 cm à la clé, ce qui donne une hauteur moyenne de 63 cm, inférieure au centième de la portée de 65 mètres. Cette proportion, que nous croyons n’avoir jamais été atteinte par des ouvrages de cette importance, a été rendue possible par un calcul très précis des arcs continus à section variable, d’après les principes exposés par M. Vallette, Ingénieur des Constructions Civiles, dans les Annales des Ponts et Chaussées (1925, VI), et dont les Etablissements Boussiron ont déjà fait des applications très intéressantes lors de la construction du pont de Conflans-Fin d’Oise (126 m. de portée) et plus récemment lors de la construction du pont de La Roche-Guyon sur la Seine (161 m. de portée). La réduction de section aux naissances a l’avantage de donner à l’arc une grande flexibilité et de réduire considérablement les fatigues dues aux effets de la température et du retrait.
Le hourdis a une épaisseur de 7 cm sur tout son développement, sauf vers les retombées extrêmes, où il est renforcé à 10 cm pour servir de poutre de retombée travaillant à la flexion entre les poteaux supports des longs pans.
CONTREFICHES INCLINEES
Les contrefiches qui reçoivent la poussée des voûtes ont une section en forme de T de manière à pouvoir résister au flambage dans les deux sens. Elles sont butées à la base contre une sorte de sabot qui coiffe les pieux Franki. A cet égard, les deux hangars voisins présentent une différence très intéressante.
Au premier groupe construit en 1931, les pieux sont verticaux. La charge verticale est de 75 tonnes, soit 37 t. 500 par pieu.
La composante horizontale à laquelle doivent résister les tirants est de 112 tonnes.
Dans le second groupe, construit en 1932, les pieux sont inclinés à 20°.
La décomposition à laquelle donne lieu cette inclinaison réduit l’effort dans les tirants à 83 tonnes au lieu de 112 tonnes.
La Société des Pieux Franki a aisément battu les pieux dont il est question, avec ses grosses sonnettes inclinables.
POTEAUX DE LONG PAN
A l’inverse des autres poteaux, les poteaux de long pan sont susceptibles de devoir résister, comme on l’a vu, à un effort de traction.
A Karouba la résistance à ces efforts a été obtenue par l’emploi de pieux Franki armés, dont la résistance aux efforts d’arrachement avait été garantie par la Société des Pieux Franki. Les essais d’arrachement qui furent faits démontrent que cette solution présente toute sécurité.
TIRANTS ENTERRES
La longueur totale de ces tirants est de 227 mètres. Les effets de dilatation et de retrait disparaissent du fait que ces tirants se trouvent dans un état de température et d’hygrométrie constant. Mais il reste l’allongement produit au décintrage et qui, pour un coefficient de travail des aciers de 12 kg. par millimètre carré est de 68 mm. de chaque côté. Dans le premier groupe de hangars, on avait prévu, pour éviter le déplacement des deux extrémités, une mise en tension du tirant avant décoffrage de la voûte. Dans ce but, les Etablissements Boussiron ont employé le moyen élémentaire qui consiste à séparer le tirant en deux branches et à écarter ces deux branches dans la mesure voulue par l’action d’un vérin hydraulique.
Dans le second groupe de hangars, la traction des tirants est notablement réduite.
On n’a pas conservé la mise en tension préalable, les tirants étant dans ce cas, considérés surtout comme des tirants de sécurité.
De conception hardie, ces hangars marquent un nouveau progrès dans l’utilisation du béton armé pour la couverture économique de grandes surfaces. Ils font le plus grand honneur aux Etablissements Boussiron qui en ont mené à bien l’étude et la réalisation, sous le contrôle de M. Cordonnier, Ingénieur des Ponts et Chaussées, Directeur des Travaux Maritimes à Bizerte et de MM. Kaleski et Mathieu, Ingénieur des Ponts et Chaussées, Chefs de Section.