Claude Limousin
Synthèse biographique rédigée par G. Labeeuw

LIMOUSIN Claude
Né le 6 mai 1880 à Andrézieux‑Bouthéon
Décédé en 1953. Ingénieur diplômé de l’École des Ponts et Chaussées (civil). Commandeur de la Légion d’Honneur en 1938.
Claude Limousin naît en 1880 à Andrézieux‑Bouthéon, dans la Loire. Peu d’éléments biographiques personnels sont disponibles dans les archives publiques, mais son parcours professionnel le place parmi les pionniers français du béton armé, aux côtés d’ingénieurs comme Eugène Freyssinet.
Création et développement des Entreprises Limousin
Diplômé (civil) de l’École des Ponts en Chaussées en 1905, Claude Limousin entra dans le monde professionnel dans une époque où les constructions en béton armé allaient connaître leur première réglementation avec la circulaire du 20 octobre 1906, qui mit fin à une longue période empirique marquée notamment par les systèmes Hennebique. En effet, l’importance de l’École des Ponts en Chaussées et des ingénieurs des Ponts de renom comme Rabut, Mesnager, Considère, pionniers dans ce domaine, sont à l’origine de cette évolution réglementaire et par là-même de l’essor que va connaître l’utilisation de ce matériau. Dans son cursus à l’École des Ponts en Chaussées, Claude Limousin fit la rencontre de ces enseignants et en sera évidemment marqué. Il y rencontre également des camarades de promotion comme Freyssinet.
En 1907, il fonda à Lyon la Société des Entreprises Limousin, qui sera ensuite transférée à Paris en 1916. L’entreprise devint l’un des acteurs essentiels du développement du béton armé en France dans la première moitié du XXᵉ siècle. Elle s’illustra dans les domaines des travaux publics, de l’industrie, et du génie civil, employant des collaborateurs d’envergure tels qu’Eugène Freyssinet, Émile Maigrot ou encore Le Marec.
La rencontre entre Claude Limousin et Eugène Freyssinet, pionnier de la précontrainte, est citée comme l’un des facteurs majeurs ayant hissé l’entreprise Limousin au rang des firmes les plus innovantes d’Europe dans le domaine des structures à grande portée.
Freyssinet, qui avait fait la connaissance de l’entrepreneur reconnu François Mercier dès 1905 alors qu’il était ingénieur des services ordinaire et vicinal de l’arrondissement de l’Est, s’était lié d’une profonde amitié avec l’entrepreneur Mercier avec qui il entama une collaboration lors de la réalisation de nombreux ouvrages d’art (ponts-rails, pont du Veurdre en 1910, pont du Boutiron en 1912…) avant la Première Guerre mondiale. C’est lors du décintrement et de l’ajustement final des arches du pont du Boutiron que Claude Limousin retrouva alors un camarade de promotion des Ponts et Chaussées, Eugène Freyssinet. Comme les ingénieurs des Ponts et Chaussées Rabut et Mesnager qui assistaient à cette opération délicate, Limousin fut impressionné par Freyssinet et jura à ce moment qu’il deviendrait son associé.
A la suite de cette rencontre, Mercier, Freyssinet et Limousin fondèrent la société Mercier, Limousin et Compagnie, dont Freyssinet assure la direction technique en janvier 1914.
En 1916, François Mercier eut un différend avec Claude Limousin, pour des raisons graves et profondes [1]. Freyssinet, qui comprenait la position de Limousin, en fut affecté et vit s’achever une collaboration de plus de 10 années avec le départ de Mercier qui mourut quelques temps plus tard. L’entreprise transféra son siège social à Paris et devint la Société Limousin et Cie, Procédés Freyssinet.
C’est à partir de cette date que la Société Limousin, grâce notamment à l’ingéniosité de Freyssinet, va devenir un des acteurs essentiels du développement du béton armé en France en s’illustrant notamment dans la production d’ouvrages exceptionnels, des ponts aux hangars avions ou à dirigeables, mais également des usines, des ateliers….
La liste des productions en matière aéronautique de la Société Limousin est conséquente à cette époque et n’a d’égale, – en nombre- , que celle de l’entreprise Boussiron. Si la paternité de certains hangars avions construits par Limousin à Freyssinet lui-même a fait l’objet de relais nombreux dans la presse spécialisée, il reste une série de réalisations aéronautiques par Limousin sur les terrains du Bourget, Nancy, Bron, Berre ou Marignane… dont on ignore encore le rôle précis de Freyssinet et d’éventuels autres collaborateurs de l’entreprise. Mais ces derniers hangars sont tous d’une conception classique, similaires aux productions de Boussiron, ce qui rend encore plus complexe leur identification précise, surtout sur les terrains où les deux constructeurs se sont illustrés.
On note, au vu des publications parues dans la presse spécialisée, que Freyssinet n’a mis en lumière que les structures des hangars avions les plus hardies ou les techniques nouvelles qu’il ne cessait d’inventer. Parmi les premières réalisations aéronautiques de l’entreprise Limousin, les hangars voûtes à Avord en 1916, puis à Istres vers 1917-1919 et enfin la prouesse du hangar à voûtes d’arrête à Villacoublay en 1919, sont une invention de Freyssinet, qu’il avait d’ailleurs imaginée dès 1913 (cf. l’article sur le dernier hangar Freyssinet d’Avord). Il s’agit des premières réalisations de hangars avions en béton armé en France, utilisant le système de voûtes en berceau s’appuyant directement sur le sol, avec nervures sur l’intrados. Le hangar construit par Freyssinet en 1919 à Villacoublay représente l’aboutissement de ce concept structurel : 3 voûtes parallèles accolées coupées par une voûte perpendiculaire joignant la clef de voûte de la première à celle de la troisième, libérant ainsi une surface intérieure de sans piliers de 120 m sur 45 m [2].
Suivirent ensuite des réalisations atypiques de hangars avions à toiture suspendue à Villacoublay en 1921 puis Chartres, remarquables sur le plan esthétique mais jugées dangereuses au regard de l’activité aéronautique.
De 1919 à 1922, Freyssinet s’employa à réaliser ce qui demeure sans doute la réalisation de hangars à dirigeable en béton armé la plus exceptionnelle du XXème siècle : les hangars à dirigeables d’Orly. Ces deux hangars de 300 m de long se distinguaient par leurs immenses voûtes de béton armé formées de séries d’arcs paraboliques construits au moyen d’un unique cintre en bois déplacé progressivement, une prouesse technique majeure pour l’époque, et également une réalisation soulignée par le monde architectural pour son esthétique.
Enfin, au rang des publications de hangars avions de Limousin mises en avant par Freyssinet, et sans doute la dernière dans ce domaine, figurent les hangars du Palyvestre de 55 m de portée. Relativement classique sur le plan formel et structurel, ils témoignent néanmoins de l’innovation que Freyssinet recherchait en permanence : La voûte en berceau était tendue en sous-face par un triangulation de tirants dont la particularité était de ne fonctionner qu’en traction grâce à l’introduction de déformations préalables : Freyssinet venait de réaliser les prémices du béton précontraint.
Freyssinet quitta l’entreprise Limousin à la fin de l’année 1928, aux termes d’une collaboration de presque 15 ans. Son départ s’explique par le fait que Claude Limousin ne croyait pas à la précontrainte. Il ne comprenait non plus que Freyssinet puisse autant y croire.
Vers 1929, C’est Gaston Le Marec qui succèda à Freyssinet comme directeur technique des établissements Limousin. L’entreprise se distingua par la réalisation du premier hangar à double auvent en béton armé à Lyon-Bron puis par la soufflerie de Chalais-Meudon.
Claude Limousin se retira de l’entreprise en 1939 pour des raisons de santé. La direction technique de la société a été assurée de 1929 à 1947 par Gaston Le Marec, puis par M. de Lauriston et M. Breffeil., qui étaient entrés dans l’entreprise en 1919.
Réalisation dans le domaine aéronautique
L’entreprise Limousin joue un rôle central dans la construction de hangars d’aviation en béton armé dans l’entre‑deux‑guerres et l’immédiat après‑guerre.
D’après les sources patrimoniales, elle réalise notamment les :
- 1916 : 8 hangars voûtes d’Avord (premiers hangars d’aviation en béton)
- 1917 : 31 hangars voûtes d’Istres, dont un hangar-atelier triple
- 1919 : hangar à voûte d’arrête à Villacoublay
- 1921 : hangar à toiture suspendue à Villacoublay
- 1922 – 1923 : hangars à dirigeables d’Orly
- 1922-1923 : hangar-atelier à toiture suspendue à Chartres
- 1922 : hangars à Dugny – Le Bourget
- 1924 : hangar de 55 m de portée à Villacoublay
- 1925 – 1926 : hangars à Lyon – Bron
- 1927 : hangars doubles à Hyères‑Palyvestre.
- hangars à Marignane
- hangars doubles à Berre
- hangar à Vichy-Rhue
- hangar à Nancy
- 1932 : hangar à double auvent de Lyon-Bron
- 1932-1933 : hangar à ballons – Compiègne
Sources :
- Revue Architecture d’Aujourd’hui, janvier 1932
- Revue Travaux, novembre 1954
- [1] Eugène Freyssinet, mémoires, 1879-1962
- [2] Eugène Freyssinet, José Antonio Fernandez, 1979 (édition bilingue), Ed. Sociedad Cooperativa, Insdustrial de Trabajo Asociado
- [3] Plaquette des établissement Limousin, 1907-1957
- Marie-Jeanne Dumont, Architecture de L’aéronautique En France 1900 1940, 1988 (non publié)